Abydos II : 1 GW solaire + 600 MWh BESS à Kom Ombo
Le site de Kom Ombo, dans le gouvernorat d’Assouan, bénéficie d’un rayonnement solaire parmi les plus élevés au monde — le DNI (Direct Normal Irradiance) y dépasse 2 500 kWh/m²/an. C’est également le site où AMEA Power a déjà construit et mis en service Abydos I : une centrale de 500 MW solaire couplée à 300 MWh de BESS, opérationnelle depuis 2025.
Abydos II double la mise. Avec 1 000 MW de capacité photovoltaïque installée et un BESS de 300 MW / 600 MWh, le projet sera la plus grande installation renouvelable sur site unique d’Afrique. La construction a démarré en décembre 2025, avec une mise en service commerciale ciblée pour juin 2026 — un délai de construction d’environ six mois, avec plus de 4 000 emplois créés pendant la phase de construction.
La capacité BESS de 600 MWh permettra au projet de fournir de l’électricité en dehors des heures de fort ensoleillement — répondant à la demande des heures de pointe du soir, particulièrement élevée en Égypte pendant les mois d’été. Cette capacité de dispatch différé est un atout commercial majeur dans le cadre du PPA signé avec le gouvernement égyptien.
Un financement de 570 M USD piloté par l’IFC avec quatre institutions
Le montage financier d’Abydos II illustre la structuration sophistiquée des grands projets d’infrastructure énergétique africains. La dette senior — environ 570 millions de dollars — est arrangée et co-financée par quatre institutions : IFC (International Finance Corporation), Cassa Depositi e Prestiti (Italie), British International Investment (BII, Royaume-Uni) et le Fonds OPEP pour le développement international.
L’IFC agit comme arrangeur principal, apportant ses propres ressources et mobilisant ses partenaires via son mécanisme de co-financement. La participation de Cassa Depositi e Prestiti reflète l’intérêt stratégique de l’Italie pour les énergies renouvelables en Méditerranée, dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique.
La participation symboliquement forte du Fonds OPEP — institution liée aux producteurs d’hydrocarbures — dans un projet solaire confirme le repositionnement progressif de ces acteurs vers les énergies propres. La structure financière, conseillée par Baker McKenzie Cairo, a fait l’objet d’une annonce publique en janvier 2026.

Kyuden International : le premier investissement japonais en Égypte dans l’énergie propre
La participation de Kyuden International Corporation — filiale internationale de Kyushu Electric Power Company, l’une des grandes compagnies électriques régionales du Japon — mérite d’être soulignée. Abydos II représente le premier investissement de Kyuden en Égypte, dans le cadre de la stratégie de la compagnie japonaise de diversifier son portefeuille international dans les énergies renouvelables.
Pour le Japon, la transition vers les renouvelables à l’international est aussi une réponse aux engagements climatiques de Tokyo (neutralité carbone 2050) et une opportunité de placement pour des capitaux institutionnels à la recherche de rendements stables à long terme. Le PPA multi-décennal signé avec l’Égypte offre exactement ce profil.
Pour l’Égypte, l’arrivée de Kyuden marque la diversification de ses partenaires investisseurs dans l’énergie propre — au-delà des bailleurs de développement traditionnels et des développeurs MENA (AMEA Power, Masdar). L’attractivité du pays pour les investisseurs japonais signale un niveau de confiance dans le cadre réglementaire et contractuel égyptien.
Les enjeux pour l’Égypte : sécurité énergétique et crédibilité de la transition
L’Égypte traverse depuis 2022-2023 une crise énergétique significative, marquée par des délestages récurrents, un déficit de devises ayant pesé sur les importations de GNL, et des tensions sur le réseau électrique. La mise en service progressive de centrales solaires à grande échelle — dont Abydos II — est l’une des réponses structurelles apportées par le gouvernement.
L’Égypte dispose d’objectifs ENR ambitieux : atteindre 42 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, contre moins de 12 % aujourd’hui. Abydos II, avec son BESS intégré, représente la génération suivante d’actifs solaires : une électricité dispatchable, injectable sur le réseau au moment où elle est la plus nécessaire — et donc la mieux valorisée.
L’Égypte ambitionne également de devenir un hub exportateur d’électricité renouvelable vers l’Europe via des câbles sous-marins, notamment dans le cadre du projet EuroAfrica Interconnector. Disposer de centrales solaires avec stockage renforce la valeur de cette proposition, car l’électricité exportable est plus stable et prévisible.
Un benchmark régional : ce qu’Abydos II change pour l’Afrique et le Moyen-Orient
Au-delà de ses chiffres impressionnants, Abydos II a une fonction de démonstration pour l’ensemble de la région. Il montre que les projets solaires de 1 GW couplés à des BESS significatifs (600 MWh) sont finançables en Afrique et au Moyen-Orient, avec un tour de table plurilatéral solide.
Pour les développeurs actifs en Tunisie, au Maroc, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, Abydos II constitue une référence transposable. Les éléments structurants — PPA à long terme avec un offtaker souverain, financement IFC en tête de pont, BESS intégré pour la dispatchabilité — se retrouvent dans les projets suivants de la région, avec des tailles adaptées aux marchés locaux.
Avec la mise en service commerciale d’Abydos I (500 MW + 300 MWh BESS) déjà effective, et d’Abydos II prévue pour juin 2026, AMEA Power cumule sur le seul site de Kom Ombo 1 500 MW de solaire PV et 900 MWh de stockage. Selon les données de l’IRENA, l’Afrique ne représente qu’environ 2 % de la capacité solaire mondiale installée, malgré 60 % des meilleures ressources solaires du monde. Des projets comme Abydos II contribuent à réduire cet écart.











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