Capacité d’accueil électrique Maroc 2030 : l’ANRE redéfinit les règles d’intégration des énergies renouvelables

La capacité d’accueil électrique Maroc devient un instrument central de pilotage de la transition énergétique nationale. Avec la publication officielle des capacités d’accueil du système électrique pour la période 2026–2030, l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) franchit un cap décisif : passer d’une logique d’autorisations projet par projet à une planification régulée, anticipée et transparente de l’intégration des énergies renouvelables. Ce cadre apporte une visibilité inédite aux investisseurs et redéfinit concrètement les marges de développement du solaire et de l’éolien au Maroc.

L’ANRE, pilier institutionnel de la régulation électrique

Créée pour accompagner l’ouverture progressive du secteur électrique, l’ANRE est chargée d’assurer l’équilibre entre sécurité d’alimentation, performance économique et intégration des énergies renouvelables. Elle agit comme autorité indépendante entre le gestionnaire du réseau de transport (ONEE), les gestionnaires des réseaux de distribution, les producteurs et les investisseurs.
Dans un contexte marqué par l’augmentation rapide des capacités renouvelables et l’émergence de la production décentralisée, l’ANRE endosse un rôle stratégique : fixer un cadre technique et réglementaire permettant d’intégrer davantage d’énergies renouvelables sans compromettre la stabilité du système électrique.

Capacité d’accueil électrique Maroc, un levier stratégique

La capacité d’accueil correspond à la puissance maximale d’énergies renouvelables que le système électrique peut intégrer, toutes tensions confondues, sans dégrader la sécurité, la qualité et la fiabilité de l’exploitation. Introduite par les lois 40-19 et 82-21, elle devient un outil clé de régulation.
L’originalité de l’approche de l’ANRE réside dans la publication volontaire d’un horizon de planification de cinq ans, offrant une visibilité rare dans la région. Cette démarche permet aux développeurs d’anticiper leurs projets et aux gestionnaires de réseaux d’adapter leurs investissements.

Une capacité d’accueil globale portée à plus de 10,4 GW

Selon le rapport ANRE 2026–2030, la capacité d’accueil cumulée du système électrique marocain atteint 10 429 MW à l’horizon 2030, contre 9 338 MW sur la période précédente, soit une progression d’environ 12 %. Cette hausse reflète à la fois l’augmentation de la demande électrique nationale et les investissements programmés dans la flexibilité du système.
La montée en puissance est progressive :

  • 3 886 MW en 2026
  • 6 381 MW en 2027
  • 7 681 MW en 2028
  • 9 176 MW en 2029
  • 10 429 MW en 2030

Le solaire, première technologie bénéficiaire

Dans cette trajectoire, le solaire photovoltaïque occupe une place dominante. La capacité d’accueil solaire cumulée passe de 2 798 MW en 2026 à 5 514 MW en 2030, soit plus de la moitié de la capacité totale.
Cette évolution confirme le rôle structurant du photovoltaïque dans le mix électrique marocain, porté par la compétitivité des coûts, la rapidité de déploiement et l’adéquation avec les besoins industriels et territoriaux.

 capacité d’accueil électrique Maroc

Le réseau de transport, colonne vertébrale de l’intégration EnR

Sur le réseau THT-HT, la capacité d’accueil totale dédiée aux énergies renouvelables atteint 9 105 MW en 2030. Elle se répartit entre :

  • 4 190 MW de solaire,
  • 4 915 MW d’éolien.
    Cette capacité est mobilisable à l’échelle nationale, sous réserve des travaux de raccordement et de renforcement nécessaires. Elle constitue le socle des grands projets IPP et des infrastructures stratégiques à forte consommation électrique.

Les réseaux de distribution : une approche volontairement prudente

Pour les réseaux de distribution, l’ANRE adopte une approche plus conservatrice. La capacité d’accueil cumulée est fixée à 2 576 MW sur la période 2026–2030, en légère baisse par rapport aux exercices précédents.
Cette prudence s’explique par plusieurs constats : une utilisation encore limitée des capacités précédemment allouées, des contraintes techniques identifiées sur certains réseaux et une production décentralisée encore émergente.

Une répartition territoriale fine

Le rapport détaille la capacité d’accueil par Société Régionale Multiservices (SRM) et concessionnaires. À titre d’exemples :

  • Casablanca-Settat : jusqu’à 375 MW de capacité PV en 2030,
  • Rabat-Salé-Kénitra : 86 MW,
  • Fès-Meknès : 152 MW,
  • Marrakech-Safi : 109 MW.
    Cette granularité permet aux développeurs d’orienter leurs projets vers les zones les plus favorables, en cohérence avec les capacités réelles du réseau.

Des mécanismes de flexibilité intégrés

L’ANRE introduit plusieurs mécanismes pour éviter le gel de capacités : réallocation entre postes sources d’un même GRD, transferts entre GRDs et possibilité de basculer une partie des capacités du réseau de transport vers la distribution en cas de besoin.
Cette flexibilité est essentielle pour accompagner l’évolution rapide du marché sans compromettre la sécurité du système.

Une plateforme numérique au service de la transparence

Pour renforcer la lisibilité du cadre, l’ANRE a déployé une plateforme cartographique interactive permettant de visualiser les capacités d’accueil par région, par GRD et par poste source. Cet outil constitue un véritable support d’aide à la décision pour les porteurs de projets.

Implications pour les investisseurs et développeurs

La publication des capacités d’accueil transforme profondément la dynamique du marché. Elle réduit le risque de raccordement, améliore la bancabilité des projets et incite à une sélection plus rigoureuse des sites et des puissances.
Pour les investisseurs, la capacité d’accueil électrique Maroc devient un indicateur structurant, au même titre que les PPA, la stabilité réglementaire ou la solvabilité des off-takers.

Conclusion

Avec la publication des capacités d’accueil 2026–2030, l’ANRE affirme son rôle de régulateur stratégique et proactif. En apportant une visibilité chiffrée, territorialisée et évolutive, elle renforce l’attractivité du Maroc pour les investissements renouvelables tout en sécurisant l’exploitation du système électrique. La capacité d’accueil électrique Maroc s’impose désormais comme un pilier de la transition énergétique et un signal fort envoyé au marché.