image d'un mini-réseaux solaires

Sénégal : construction de 27 mini-réseaux solaires dans des localités rurales isolées financées par la Banque islamique de développement

La Banque islamique de développement (BID) a publié en 2026 un avis spécifique de marché (SPN) portant sur les travaux de construction de mini-réseaux solaires dans vingt-sept localités rurales au Sénégal. Cet appel s’inscrit dans le cadre du programme d’électrification rurale piloté par l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER), cofinancé par la BID, le Fonds de solidarité islamique pour le développement (FSID) et l’État du Sénégal, pour un coût total de 17,6 milliards de FCFA (environ 27-28 millions USD). Le projet cible des localités des régions de Matam, Tambacounda, Saint-Louis et Louga. Le 6 février 2026, l’ASER a inauguré l’électrification de la localité de Ségoukoura (Tambacounda), marquant une première mise en service dans le cadre de ce programme.

L’avis de marché IsDB : une procédure SPN pour 27 localités rurales

L’avis SPN (Specific Procurement Notice) publié par la BID est une étape formelle dans la passation de marchés pour des projets financés par des banques multilatérales de développement. Ce type d’avis invite les entreprises qualifiées — constructeurs, intégrateurs solaires, fournisseurs d’équipements — à soumissionner pour l’exécution de travaux bien définis.

Dans ce cas, le marché porte sur la construction de mini-réseaux solaires dans 27 localités spécifiques. Ces mini-réseaux comprennent typiquement une mini-centrale photovoltaïque (quelques dizaines à quelques centaines de kWc), un système de stockage par batteries pour la fourniture nocturne, et un réseau de distribution basse tension desservant les ménages et équipements communautaires (école, centre de santé, mosquée, point d’eau).

Le fait que la BID publie un SPN en 2026 pour cette tranche de 27 localités indique que les financements sont bouclés et que le projet entre dans sa phase d’exécution active.

Le projet ASER-BID dans son ensemble : 133 mini-centrales et 259 km de réseau

Les 27 localités couvertes par cet appel d’offres ne constituent qu’une partie d’un programme bien plus vaste. Le projet ASER-BID porte au total sur la construction de 133 mini-centrales solaires et la pose de plus de 259 km de réseau basse tension, avec installation électrique intérieure pour les ménages bénéficiaires.

Le programme est structuré en plusieurs lots ou tranches géographiques, ce qui explique la publication d’un SPN ciblant spécifiquement 27 localités à ce stade.

À terme, le programme vise à améliorer durablement les conditions de vie des populations rurales bénéficiaires : accès à l’éclairage, recharge des téléphones mobiles, fonctionnement des équipements de santé et d’éducation, et potentiel de développement économique local (artisanat, petite transformation agroalimentaire, pompage solaire agricole).

Matam, Tambacounda, Saint-Louis, Louga : géographie d’un déficit électrique

Les quatre régions ciblées partagent plusieurs caractéristiques : éloignement des centres urbains, faible densité de population, terrain difficile pour l’extension du réseau conventionnel, et taux d’électrification parmi les plus bas du pays.

La région de Matam, au nord-est du Sénégal, frontalière avec la Mauritanie et le Mali, se caractérise par une population dispersée dans des villages souvent inaccessibles en saison des pluies. Son taux d’électrification rurale était estimé à moins de 20 % avant les programmes récents. La région de Tambacounda, la plus grande du Sénégal en superficie, couvre le centre-est du pays jusqu’aux frontières malienne et guinéenne.

Ces régions ont un atout solaire majeur. Le nord et le centre du Sénégal bénéficient d’un rayonnement solaire de 4,5 à 5,5 kWh/m²/jour en moyenne annuelle — ce qui rend les mini-réseaux photovoltaïques économiquement compétitifs par rapport à toute alternative thermique ou à l’extension coûteuse du réseau national.

image d'un mini-réseaux solaires

Le montage financier : BID, Fonds de solidarité islamique, État sénégalais

La Banque islamique de développement (siège à Djeddah, Arabie Saoudite), institution multilatérale regroupant 57 pays membres, apporte la part principale du financement sous forme de prêt concessionnel ou de financement islamique (Murabaha, Istisna’a). La BID finance régulièrement des projets d’infrastructure en Afrique subsaharienne, avec une présence ancienne au Sénégal.

Le Fonds de solidarité islamique pour le développement (FSID), bras de développement social de l’OCI, apporte une composante de don ou de financement très concessionnel orientée vers les populations les plus vulnérables — ce qui correspond exactement au profil des localités ciblées.

Le coût global de 17,6 milliards de FCFA (environ 27-28 millions USD) pour 133 mini-centrales représente un coût moyen par village d’environ 130 millions FCFA (~210 000 USD) — cohérent avec les coûts observés pour des mini-réseaux de quelques dizaines à quelques centaines de kWc en Afrique de l’Ouest, incluant le stockage, le réseau BT et les installations intérieures.

Électrification rurale au Sénégal : enjeux et perspectives au-delà de ce projet

Le projet ASER-BID s’inscrit dans une stratégie nationale d’électrification rurale plus ambitieuse. Le Sénégal a adopté le Plan de Développement du Secteur de l’Énergie (PDSE) qui vise l’accès universel à l’électricité. En 2026, le taux d’électrification rurale est estimé à 60-65 % — un progrès notable par rapport aux 30 % de 2010, mais insuffisant pour l’universalité visée.

L’ASER pilote plusieurs programmes parallèles : le programme 1 000 Villages Solaires (ASER-BOAD-Fonds vert pour le climat) et le projet ASER-IRENA (7,9 milliards FCFA, 30 000 personnes ciblées dans les régions de Matam, Saint-Louis, Louga, Kaffrine et Tambacounda).

Le modèle économique de ces installations pose une question structurelle : comment assurer leur maintenance et leur renouvellement dans des zones rurales à faibles revenus ? Plusieurs approches sont expérimentées : tarification progressive, contrats de performance avec les constructeurs, délégation à des opérateurs privés locaux de type PAYG (pay-as-you-go). La réussite à long terme dépendra autant de ces mécanismes de gouvernance locale que de la qualité des installations.