Le volume total de nouveaux projets d’éolien et solaire validés par le Haut Comité de production privée d’électricité de Tunisie lors de sa session de décembre 2025, présidée par la Première ministre Sara Zaafrani Zenzari est de 2 300 MW. La décision porte sur 2 GW de capacité éolienne répartis sur plusieurs gouvernorats, et 350 MW de solaire photovoltaïque avec stockage à Kébili.
Si ces projets sont menés à bien selon le calendrier annoncé, ils représentent le plus important programme de développement ENR de l’histoire tunisienne — soit plus du double de la capacité renouvelable totale installée dans le pays en 2024.
Un Haut Comité, 2 300 MW et six gouvernorats : la décision du 23 décembre 2025
La décision du 23 décembre 2025 a été prise lors d’une réunion du Haut Comité de production privée d’électricité, instance réunissant les ministères de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, ainsi que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG).
Les six gouvernorats concernés : Kébili (600 MW éolien Tabaga + 350 MW solaire Bazma), Nabeul (400 MW éolien Jebel Abderrahmane), Gafsa (200 MW éolien El Guettar), Zaghouan (77,25 MW + 200 MW en développement), Médenine (500 MW à Ksar El Jeri) et Kasserine (100 MW à Oum Dhrabane). La Première ministre Zenzari a cité la réduction du déficit énergétique tunisien — environ 55 % d’importation d’énergie primaire en 2024 selon l’ANME — comme objectif prioritaire.

Éolien 2 GW : Tabaga, Jebel Abderrahmane, El Guettar et les sites en préparation
Le volet éolien est le plus important en volume avec 2 000 MW répartis sur six zones. Les sites identifiés bénéficient de vitesses de vent moyennes supérieures à 7 m/s à 100 mètres selon les données de l’ANME.
Tabaga (Kébili, 600 MW) est le plus grand site. Jebel Abderrahmane (Nabeul, 400 MW) bénéficie des vents de mer du Cap Bon, ressource régulière favorable à des facteurs de charge élevés. El Guettar (Gafsa, 200 MW) est en phase d’étude d’impact environnemental depuis janvier 2026. Les sites de Médenine (500 MW) et Kasserine (100 MW) ne feront l’objet d’appels d’offres qu’après validation des données anémométriques — réaliste à partir de 2028-2029 pour les plus avancés.
Solaire 350 MW : le projet de Bazma (Kébili) avec stockage intégré
Le volet solaire porte sur un projet unique de 350 MWac à Bazma, gouvernorat de Kébili. Ce gouvernorat sahélien bénéficie d’un ensoleillement dépassant 2 800 heures par an selon les données ANME — parmi les meilleurs de Tunisie.
La particularité de Bazma est son design « avec capacité de stockage d’énergie », selon les documents officiels, indiquant qu’un BESS sera intégré. Ce choix est cohérent avec la procédure Kébili 300 MW + 150 MW/540 MWh BESS lancée par la STEG en 2025, suggérant une stratégie délibérée de couplage solaire-stockage dans le sud tunisien.
Contexte énergétique tunisien : déficit importé, objectif 35 % ENR 2030
La Tunisie produit aujourd’hui moins de 5 % de son électricité à partir de sources renouvelables (éolien et solaire), selon l’ANME. L’objectif officiel de 35 % en 2030 implique une multiplication par sept de la capacité éolien et solaire en moins de cinq ans.
La capacité électrique totale installée en Tunisie s’élève à environ 5,8 GW, dont plus de 90 % issu de gaz naturel. Or, la production nationale de gaz est en déclin structurel : le pays importe une part croissante de ses besoins auprès de l’Algérie. L’attribution récente de 498 MWac solaires à Qair, Voltalia et Scatec a démontré l’attractivité du marché tunisien pour les développeurs européens.
Implications pour les développeurs : calendrier, régime de concessions, compétition
Pour les acteurs souhaitant accéder à ces appels d’offres éolien et solaire, le régime des concessions tunisien prévoit des procédures en deux étapes : qualification technique-financière, puis soumission des offres économiques. Les projets éoliens validés en décembre 2025 devraient voir leurs appels d’offres publiés dans les prochains mois, avec des attributions attendues entre fin 2026 et mi-2027.
La compétition sera intense. La Tunisie combine potentiel éolien et solaire de première catégorie, risques de contrepartie STEG gérables, et proximité des marchés de financement européens. L’enjeu est aussi local : 2 300 MW sur 5-8 ans représente un volume d’ingénierie et de maintenance pouvant structurer une filière ENR tunisienne, un objectif affiché du ministère de l’Énergie.











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