Dix-huit mégawatts-crête de solaire couplés à 10 MWh de stockage : c’est le contenu de la convention signée le 13 mai 2026 entre le gouvernement gabonais et le groupe turc Desiba Enerji pour développer une centrale solaire photovoltaïque à Doubou, dans la province de la Ngounié, près de Mouila, selon le communiqué officiel du gouvernement gabonais. L’accord a été paraphé par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, et engage un investissement annoncé à 17,71 milliards de francs CFA, soit environ 27 millions d’euros, selon les précisions rapportées par Gabonreview.
Le projet cible la région de la Louétsi, dans le sud du pays, une zone qui ne dispose aujourd’hui d’aucune capacité de production renouvelable à l’échelle industrielle et dépend largement de groupes thermiques pour son alimentation électrique. Pour un gouvernement confronté à des coupures de courant récurrentes dans plusieurs provinces, la signature de cette convention constitue une réponse ciblée à un déficit de production régional plutôt qu’un projet de vitrine nationale.
Une convention, un site : ce que couvre l’accord de la Louétsi
La convention signée en mai formalise l’engagement de Desiba Enerji à construire et exploiter la centrale, mais elle ne constitue pas encore la clôture financière du projet. Les étapes classiques d’un montage de ce type — bouclage du financement, obtention des autorisations environnementales, signature d’un contrat d’achat d’électricité avec la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) — restent à franchir avant le début effectif des travaux.
Le couplage à 10 MWh de stockage, pour une capacité solaire de 18 MWc, indique un dimensionnement pensé pour stabiliser une portion significative de la demande locale plutôt que pour simplement injecter de l’énergie intermittente sur un réseau déjà fragile. Ce ratio stockage/production est comparable à celui retenu sur d’autres projets solaires récents en Afrique centrale destinés à des réseaux isolés ou peu maillés.

Desiba Enerji, un acteur turc déjà présent au Gabon
Desiba Enerji n’est pas un nouvel entrant sur le marché gabonais. Le groupe turc avait déjà été identifié comme constructeur pressenti d’une centrale solaire à Doubou dans des discussions antérieures avec le gouvernement, avant de remettre ses propositions tarifaires aux autorités, selon des informations rapportées par l’Agence Ecofin. La signature de mai 2026 formalise donc un processus engagé depuis plusieurs mois, plutôt qu’une annonce surgie sans antécédent.
Cette continuité dans les discussions distingue le projet de la Louétsi d’autres annonces gabonaises restées sans suite. Elle suggère également que Desiba Enerji a été retenu pour sa capacité à structurer une offre technique et tarifaire jugée compatible avec les contraintes budgétaires de l’État gabonais, dans un contexte où la SEEG elle-même traverse une période de tensions financières et opérationnelles.
Un pays à 65 % dépendant du thermique
Le Gabon tire aujourd’hui près de la moitié de son électricité de l’hydroélectricité, mais reste vulnérable aux variations saisonnières du niveau des barrages, ce qui explique le recours persistant à la production thermique pour compléter l’approvisionnement. Le plan énergétique national fixe un objectif ambitieux : ramener la part du thermique de 65 % à 20 % de la production, tout en portant celle de l’hydroélectricité de 35 % à 80 %, dans une trajectoire visant 100 % d’énergie propre à terme, dont 80 % de renouvelable.
Le gouvernement vise par ailleurs une capacité installée totale d’environ 1 280 MW dans les prochaines années, un chiffre qui donne la mesure du chemin restant à parcourir : les 18 MWc de Doubou ne représentent qu’une fraction marginale de cet objectif, mais ils s’ajoutent à un nombre croissant de projets solaires évoqués dans le pays depuis l’inauguration de la première centrale solaire à grande échelle du Gabon fin 2024.

Le solaire comme réponse aux délestages plutôt qu’à la seule décarbonation
La SEEG a fait l’objet de critiques répétées de la présidence gabonaise concernant la fréquence des délestages, un problème structurel lié à la vétusté des infrastructures et à une demande urbaine croissante que l’opérateur peine à couvrir. Un plan d’urgence 2025-2028 a été annoncé pour réhabiliter les équipements existants et renforcer les capacités de production et de transport.
Dans ce contexte, un projet solaire de taille intermédiaire comme celui de Doubou présente un avantage opérationnel concret : un délai de construction généralement plus court qu’un barrage hydroélectrique ou qu’une centrale thermique de taille équivalente, ce qui permet d’apporter un soulagement plus rapide à une région spécifique sans attendre l’aboutissement des grands chantiers hydroélectriques nationaux.
Les prochaines étapes à surveiller
La convention de mai 2026 marque le début d’un processus qui devra franchir plusieurs jalons avant la mise en chantier effective : clôture financière, autorisations réglementaires et contrat d’achat d’électricité avec la SEEG. Pour les développeurs solaires qui suivent le marché d’Afrique centrale, le projet de la Louétsi constitue un cas à observer sur la durée, en particulier pour évaluer la capacité du Gabon à transformer les conventions signées en projets effectivement raccordés, dans un secteur électrique national où les annonces ont parfois précédé de plusieurs années leur concrétisation.










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