image aerienne de projet solaire dans le desert pour l'électricité solaire

Électricité solaire à 1 centime : analyse d’un projet solaire géant qui redéfinit les standards mondiaux

L’annonce d’un contrat solaire aux Émirats arabes unis, attribué à ENGIE à un tarif avoisinant l’électricité solaire à 1 centime le kilowattheure, marque un tournant historique pour le secteur photovoltaïque mondial. Ce projet, l’un des plus ambitieux jamais développés, illustre jusqu’où peut aller la compétitivité du solaire lorsque des conditions exceptionnelles de marché, de financement et de ressource sont réunies. Derrière ce chiffre spectaculaire se cache une centrale photovoltaïque de très grande capacité, développée dans un environnement énergétique et financier parmi les plus favorables au monde, et qui pose une question centrale : ce modèle est-il reproductible ailleurs, notamment en Afrique et en Europe ?

Un projet solaire hors normes par son échelle

Le projet concerné, connu sous le nom de Khazna Solar PV, affiche une puissance installée d’environ 1,5 GW, ce qui le place parmi les plus grandes centrales photovoltaïques au monde. Développé aux Émirats arabes unis, dans un environnement désertique à très fort ensoleillement, il s’inscrit dans une stratégie nationale visant à accélérer la transition énergétique tout en maintenant des coûts de production extrêmement bas. La taille du projet joue ici un rôle déterminant : les économies d’échelle permettent d’optimiser les coûts d’ingénierie, d’approvisionnement, de construction et d’exploitation, réduisant significativement le coût actualisé de l’électricité produite.

Électricité solaire à 1 centime : un prix qui interpelle

Le tarif annoncé, à peine supérieur à un centime d’euro par kilowattheure, constitue un nouveau record mondial pour un projet solaire utility-scale. Ce niveau de prix dépasse largement les références observées en Europe, où les projets photovoltaïques récents se situent plutôt entre 4 et 8 centimes d’euro par kilowattheure, selon les pays et les mécanismes de soutien. Il met également en évidence l’écart croissant entre les marchés à forte ressource solaire et faible coût du capital, et ceux confrontés à des contraintes réglementaires, foncières ou financières plus lourdes. Ce chiffre, souvent repris dans les médias, doit toutefois être analysé avec prudence, car il reflète un contexte très spécifique.

Un cadre contractuel et financier exceptionnel

Le projet repose sur un contrat d’achat d’électricité de très long terme, signé avec l’acheteur public local, garantissant des revenus stables sur plusieurs décennies. Ce PPA long, associé à la solidité financière de l’acheteur, réduit considérablement le risque perçu par les prêteurs. En conséquence, le coût du capital, élément clé du LCOE solaire, est particulièrement bas. Le financement a été structuré avec le soutien de grandes banques internationales, dans un environnement où la stabilité politique, la notation souveraine et la liquidité du marché financier permettent d’obtenir des conditions de dette extrêmement compétitives. C’est cette combinaison, plus encore que la seule performance technologique, qui rend possible un tarif aussi bas.

Le rôle central de la ressource solaire

Les Émirats arabes unis bénéficient d’un des meilleurs gisements solaires au monde, avec des niveaux d’irradiation très élevés et une faible variabilité saisonnière. Cette ressource exceptionnelle permet d’augmenter significativement le facteur de charge des centrales photovoltaïques, améliorant ainsi la production annuelle par mégawatt installé. À production équivalente, une centrale située dans le désert émirati produira sensiblement plus d’électricité qu’un projet comparable en Europe du Nord ou même en Méditerranée. Cette réalité physique est un facteur clé dans l’atteinte de l’électricité solaire à 1 centime.

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Optimisation technique et standardisation

Sur le plan technique, le projet s’appuie sur des technologies photovoltaïques matures et largement bancables. Les modules utilisés sont issus de fabricants de rang mondial, avec des puissances unitaires élevées permettant de réduire le nombre de structures, de fondations et de connexions électriques. L’architecture électrique a été optimisée pour limiter les pertes et simplifier l’exploitation. La standardisation à grande échelle des équipements et des processus de construction contribue également à réduire les coûts indirects et les délais, un facteur souvent sous-estimé dans l’analyse des projets solaires.

Un environnement réglementaire favorable

Les Émirats arabes unis offrent un cadre réglementaire particulièrement attractif pour les investisseurs internationaux. Les procédures de développement sont claires, les délais maîtrisés et les risques administratifs limités. L’accès au foncier, souvent un frein majeur dans d’autres régions, ne constitue pas ici un obstacle significatif. Cette fluidité réglementaire réduit les coûts de développement et les incertitudes, qui se traduisent ailleurs par des primes de risque intégrées dans les tarifs d’électricité.

Comparaison avec les marchés européens

L’écart entre le tarif de ce projet et les prix observés en Europe alimente de nombreux débats. En Europe, les coûts fonciers, les contraintes environnementales, la densité du réseau et les exigences sociales augmentent significativement le coût des projets. À cela s’ajoutent des coûts de financement plus élevés dans certains pays, liés à des cadres contractuels moins stables ou à des mécanismes de marché plus exposés à la volatilité. Comparer directement l’électricité solaire à 1 centime avec les projets européens sans tenir compte de ces différences structurelles peut conduire à des conclusions hâtives.

Reproductibilité du modèle en Afrique

La question clé pour les marchés africains est celle de la reproductibilité de ce modèle. Sur le plan de la ressource solaire, de nombreux pays africains disposent de gisements comparables, voire supérieurs. En revanche, le coût du capital, la perception du risque pays, la solidité des acheteurs publics et la maturité des cadres contractuels restent des défis majeurs. Certains pays, comme le Maroc, l’Égypte ou l’Afrique du Sud, ont néanmoins démontré leur capacité à attirer des projets solaires à des tarifs de plus en plus compétitifs, même si l’on reste encore loin du seuil symbolique du centime par kilowattheure.

Impacts sur la chaîne de valeur mondiale

Ce projet envoie un signal fort à l’ensemble de la chaîne de valeur du solaire. Il confirme que le photovoltaïque est désormais l’une des sources d’électricité les plus compétitives au monde, y compris sans subvention directe. Cette réalité renforce la pression sur les autres technologies de production, fossiles comme renouvelables, et accélère la reconfiguration des marchés électriques. Pour les fabricants, développeurs et investisseurs, il s’agit à la fois d’une opportunité et d’un défi, car la course aux coûts bas exige une excellence opérationnelle et financière croissante.

Les limites d’un prix record

Malgré son caractère spectaculaire, l’électricité solaire à 1 centime ne doit pas être perçue comme un standard universel. Ce tarif est le produit d’un alignement quasi parfait de facteurs favorables, rarement réunis ailleurs dans le monde. Il ne reflète pas nécessairement les coûts réels de l’intégration du solaire dans les systèmes électriques, notamment en termes de flexibilité, de stockage ou de renforcement des réseaux. À mesure que la part du solaire augmente, ces coûts systémiques deviennent de plus en plus visibles et doivent être pris en compte dans l’analyse globale.

Vers une nouvelle référence mondiale

Néanmoins, ce projet constitue une référence majeure pour l’industrie. Il démontre que, dans des conditions optimales, le solaire peut fournir une électricité extrêmement bon marché, ouvrant la voie à de nouveaux usages énergétiques, comme la production d’hydrogène vert ou l’électrification massive de secteurs industriels. Pour les décideurs publics et les investisseurs, il offre un point de comparaison précieux pour évaluer les politiques énergétiques et les stratégies de développement des renouvelables.

Conclusion

Le projet solaire géant développé aux Émirats arabes unis par ENGIE redéfinit les limites économiques du photovoltaïque. L’atteinte d’un tarif proche de l’électricité solaire à 1 centime repose sur une combinaison unique de facteurs : ressource solaire exceptionnelle, échelle industrielle, cadre contractuel solide et coût du capital très faible. S’il n’est pas immédiatement reproductible partout, ce modèle trace une trajectoire claire pour l’avenir du solaire mondial et pose les bases d’un nouveau paradigme énergétique, où l’électricité propre devient non seulement durable, mais aussi extrêmement compétitive.