Et un premier : la première obligation verte de financement de projet jamais structurée en Côte d’Ivoire — et dans l’ensemble de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec 66 MW solaires pour 65 millions d’euros. . L’Africa Finance Corporation (AFC) a annoncé le 15 avril 2026 la clôture et le décaissement de 43 millions d’euros sous le Poro Power Green Bond, ouvrant la voie à la construction d’une centrale photovoltaïque de 66 MW dans la région de Korhogo, au nord du pays. Le projet, développé par Poro Power, sera mis en service en 2027 et deviendra la plus grande installation solaire de Côte d’Ivoire.
Ce n’est pas seulement un financement d’infrastructure. C’est une démonstration : les capitaux africains peuvent structurer, garantir et financer seuls des projets énergétiques d’envergure, en devise locale comme en euros.
Un green bond bi-devise de 65 M€ : structure et acteurs
La facilité totale atteint 65 millions d’euros, structurée en double devise — euros et francs CFA (EUR/XOF). L’AFC a agi en qualité de Lead Underwriter et Co-Arrangeur. Le décaissement initial s’est élevé à 43 millions d’euros. La bi-devise est une caractéristique délibérément stratégique : elle permet à des investisseurs institutionnels africains, dont les bilans sont en FCFA, d’accéder directement à ce type de placement sans exposition au risque de change.
La transaction est qualifiée de green bond au sens des Green Bond Principles de l’ICMA. Elle intègre un cadre de reporting d’impact environnemental qui sera suivi tout au long de la durée de vie du projet. Ce type de structuration — avec vérification tierce et engagement de transparence — est encore rare dans les transactions d’infrastructure en Afrique francophone subsaharienne.
L’AFC n’en est pas à son premier projet solaire en Côte d’Ivoire : le financial close de la centrale Ferké Solar (52 MW, région de Korhogo) avait déjà établi un précédent en matière de financement de projet dans le pays. Le Poro Power Green Bond va plus loin, en ajoutant la dimension obligataire et le label ESG.
Poro Power à Korhogo : 66 MW pour devenir la plus grande centrale solaire du pays
La centrale sera implantée dans la région de Korhogo, au cœur de la zone agricole du nord ivoirien. Une fois opérationnelle en 2027, elle deviendra la plus grande installation solaire du pays, dépassant la capacité de Ferké Solar (52 MW). Elle sera exploitée dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité (PPA) avec la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE), l’opérateur du réseau de distribution national.
L’impact projeté est double. Sur le plan environnemental, la centrale permettra d’éviter l’émission de plus de 72 000 tonnes de CO₂ par an, selon les estimations du projet, en se substituant à des centrales thermiques au fioul lourd dans le mix ivoirien. Sur le plan de l’accès à l’énergie, plus de 100 000 foyers supplémentaires pourront être alimentés grâce à la puissance injectée dans le réseau interconnecté national.

Le contexte énergétique ivoirien : la course vers 45 % d’ENR d’ici 2030
La Côte d’Ivoire dispose d’un mix électrique encore dominé par le gaz naturel et l’hydroélectricité, avec une capacité installée totale estimée à environ 2 500 MW selon le Ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Le pays est l’un des principaux exportateurs d’électricité vers ses voisins de l’UEMOA — Ghana, Burkina Faso, Mali, Togo, Bénin. L’objectif officiel du gouvernement est de porter la part des énergies renouvelables à 45 % du mix électrique d’ici 2030.
La clôture du Poro Power Green Bond intervient dans un contexte régional favorable : la CEDEAO a réitéré ses objectifs ENR dans son plan énergétique à l’horizon 2030, et les bailleurs de fonds bilatéraux maintiennent une présence active dans le financement des projets solaires en Afrique de l’Ouest.
Un modèle réplicable pour mobiliser les capitaux africains
L’aspect le plus signifiant du Poro Power Green Bond n’est peut-être pas ses 66 MW. C’est sa structure de financement. Contrairement à la majorité des transactions d’infrastructure en Afrique subsaharienne, ce montage a été initié, structuré et intégralement financé par une institution africaine — l’AFC — sans recours aux bailleurs de fonds bilatéraux ou multilatéraux européens ou américains.
L’AFC présente explicitement ce deal comme un modèle : « Cette transaction crée une structure réplicable pour mobiliser les capitaux africains vers des infrastructures bancables. » La bi-devise EUR/FCFA est au cœur de cette réplicabilité — elle permet d’intéresser des investisseurs institutionnels locaux (fonds de pension, assurances, banques régionales) habituellement exclus des financements libellés en devises étrangères.
Pour les développeurs actifs en Afrique de l’Ouest, l’émergence d’un marché obligataire vert régional est une donnée à intégrer dans leurs modèles de financement. Les prochaines transactions de ce type seront à surveiller au Sénégal, au Ghana et au Mali, où la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières) est potentiellement mobilisable pour de futurs green bonds de projet.










Leave a Reply