image de panneaux photovoltaiqe. fin de la TVA export chinoise

Fin de la TVA export chinoise sur le solaire : l’Afrique face à une hausse des couts, et à une opportunité inattendue

Depuis le 1er avril 2026, la Chine ne rembourse plus le taux de TVA export de 9% appliqué aux exportations de modules photovoltaïques, d’onduleurs et de cellules solaires. Cette décision, annoncée le 9 janvier 2026 par le ministère des Finances et l’Administration nationale des impôts de Pékin, modifie structurellement l’équation économique du solaire en Afrique, continent qui dépend quasi-exclusivement des équipements chinois.

La décision chinoise du 9 janvier 2026 : ce qui change au 1er avril

Le mécanisme des remboursements de TVA a l’exportation (export VAT rebattes) est un outil de politique commerciale que la Chine utilise depuis des décennies pour soutenir la compétitivité de ses industries exportatrices. Jusqu’ici, un fabricant chinois qui exportait des modules solaires récupérait 9 % de TVA auprès de l’État, lui permettant de proposer des prix à l’export inférieurs à ceux du marché intérieur.

La suppression de ce remboursement, effective depuis le 1er avril 2026, retire une subvention implicite de 9 % du prix FOB sur les modules, onduleurs et cellules. Pour les batteries (stockage), la réduction est progressive : de 9 % à 6 % en 2026, puis suppression complète au 1er janvier 2027.

Pourquoi la fin de la TVA export chinoise

L’industrie solaire chinoise souffre de surcapacités massives accumulées depuis 2022 : les prix des modules ont chuté de plus de 70 % entre 2021 et 2024, précipitant des faillites chez des fabricants de second rang et comprimant les marges des leaders comme LONGi, Jinko ou Trina Solar.

En supprimant les remboursements TVA, Pékin cherche à endiguer la guerre des prix qui fragilise ses propres industriels, à réorienter une partie de la production vers le marché domestique chinois, et à réduire les tensions commerciales avec les Etats-Unis et l’Union européenne.

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Impact quantifie sur les couts d’équipement solaire en Afrique

Les estimations convergent vers une hausse de 15 à 20 % sur les prix des modules photovoltaïques livres en Afrique. Pour un projet solaire de 50 MW en Afrique de l’Ouest, dont les modules représentent généralement 30 à 40 % du capex total, cette hausse se traduit par une augmentation du cout total de projet de 5 à 8 %. Dans un marché ou les appels d’offres sont souvent remportes avec des offres LCOE en concurrence serrée, cette inflation de capex peut modifier substantiellement les classements.

L’effet paradoxal : une vague de projets précipitée avant le 1er avril

L’annonce du 9 janvier 2026 a provoqué un effet d’anticipation remarquable sur le marché africain. De nombreux développeurs et acheteurs ont accélèré leurs commandes de modules et d’onduleurs pour profiter des prix encore soutenus par le remboursement TVA.

Résultat : le continent a connu une accélération de l’activité solaire au premier trimestre 2026. Environ 970 MW de capacité utility-scale ont été mis en service au Q1 2026 — le trimestre le plus élevé jamais enregistre sur le continent, en grande partie grâce à cette précipitation des chantiers.

Dépendance structurelle : 95 % des modules africains sont chinois

La vulnérabilité de l’Afrique a cette décision de politique commerciale chinoise expose une dépendance structurelle préoccupante : environ 95 % des modules photovoltaïques installes sur le continent proviennent de fabricants chinois. Cette concentration est encore plus marquée pour les onduleurs, ou Huawei et Sungrow dominent.

La fin du remboursement TVA crée mécaniquement une opportunité pour des fabricants alternatifs — indiens, européens ou américains — de regagner des parts de marche en Afrique.

L’opportunité industrielle : fabrication locale et diversification

Cette perturbation tarifaire relance le débat sur la fabrication locale de composants solaires en Afrique. L’usine OCP InnovX de fabrication de panneaux HJT (1,2 GW/an) lancée au Maroc en 2026 illustre un modelé que d’autres pays pourraient chercher à répliquer.

Ce que les développeurs africains doivent anticiper

Les modelés financiers de projets en phase de développement doivent intégrer une hypothèse de capex en modules supérieure de 15 à 20 % aux références 2025. Les PPA négocies à des prix fixes sur des hypothèses pré-hausse nécessitent d’être réévalues. La stratégie d’approvisionnement évolue également : il devient pertinent de diversifier les fournisseurs et d’inclure des clauses de révision de prix dans les contrats EPC.