image représentativede centrale solaire pour les licences solaires de Tunisie

Tunisie : le 6ème round de licences solaires ouvre 200 MW aux développeurs privés pour la vente à la STEG

Le 15 avril 2026, le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie a publié les termes du sixième round de licences solaires d’autorisation pour la production privée d’électricité photovoltaïque. La capacité totale mise à disposition : 200 MW, destinés à la vente exclusive à la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG). Les dossiers sont ouverts jusqu’au 15 juin 2026.

Contexte : vers le seuil symbolique du gigawatt solaire

La Tunisie disposait, à fin 2025, d’une capacité solaire installée d’environ 729 MW — dont une part croissante issue de licences solaires accordées aux promoteurs privés dans le cadre des rounds précédents. Ce 6ème appel à projets place le pays à portée du gigawatt symbolique, un seuil qui marquerait un tournant dans la structuration du mix électrique national.

Le Plan National des Énergies Renouvelables fixe un objectif de 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, contre moins de 5 % actuellement. La croissance de la capacité installée reste toutefois en dessous de la trajectoire nécessaire : ce sixième round — le premier en deux ans — signale une volonté d’accélération, même si le rythme de 200 MW par round demeure modeste comparé à d’autres marchés régionaux.

AMEA Power a mis en service en 2025 la plus grande centrale solaire du pays (120 MWc à Tataouine), portant la crédibilité du modèle IPP tunisien auprès des développeurs internationaux. Quatre projets totalisant 498 MWac ont par ailleurs été attribués lors du round précédent, confirmant la compétitivité du marché.

image représentativede centrale solaire pour les licences solaires de Tunisie

Mécanisme du 6ème round : règles de sélection et modalités

Le ministère invite les promoteurs privés à déposer leurs candidatures pour des projets de production d’électricité solaire photovoltaïque en vue de la cession de leur production à la STEG. Les dossiers doivent être soumis en deux exemplaires papier et deux versions numériques à l’accueil central du ministère, entre le 15 avril 2026 et le 15 juin 2026 à 12h00 (heure locale).

La sélection repose sur deux critères cumulatifs : la date de dépôt du dossier (premier arrivé, premier servi dans les limites de capacité) et la disponibilité de points de raccordement sur le réseau haute tension (HTB) et moyenne tension (HTA) désignés par la STEG pour la connexion.

Ce mécanisme d’attribution dit « premier arrivé, premier servi » dans les limites du réseau tranche avec les appels d’offres compétitifs qui prévalent dans d’autres marchés africains. Il favorise les développeurs disposant d’une forte réactivité opérationnelle et d’études de raccordement préparées en amont.

Raccordement réseau : le facteur limitant de la candidature

La STEG définit, pour chaque sous-station HTA/HTB, une capacité maximale d’absorption. Les projets seront acceptés jusqu’à épuisement de cette capacité, ce qui place le raccordement réseau au cœur de la stratégie des candidats.

Les développeurs qui ont déjà identifié des points de connexion disponibles et obtenu des études préliminaires de raccordement partent avec un avantage structurel. La Tunisie a hérité d’un réseau de transport vieillissant, insuffisamment renforcé pour absorber de nouvelles capacités intermittentes dans certaines régions.

Enjeux stratégiques pour les développeurs privés

Pour les développeurs actifs dans la région MENA et en Afrique du Nord, la Tunisie présente un profil attractif : irradiation GHI supérieure à 1 900 kWh/m²/an dans les régions du centre et du sud, foncier disponible hors des zones agricoles sensibles, et un cadre réglementaire qui s’est progressivement stabilisé depuis les premières licences accordées en 2018.

Le principal risque de contrepartie reste la STEG elle-même : l’opérateur national fait face à des tensions financières structurelles liées aux tarifs subventionnés et à sa dette envers les producteurs d’électricité. Les développeurs souhaitant s’engager dans ce round devront évaluer attentivement les modalités du contrat d’achat d’électricité proposé et les garanties souveraines disponibles.

Ce que ce round révèle de la trajectoire énergétique tunisienne

La Tunisie dépend toujours des importations d’hydrocarbures pour couvrir plus de 60 % de ses besoins énergétiques primaires. La comparaison avec ses voisins maghrébins est instructive : le Maroc a dépassé 2 GW d’énergie solaire installée et poursuit un objectif de 52 % de renouvelables d’ici 2030 ; l’Algérie met en service 1 480 MW supplémentaires à l’été 2026.

L’attribution des 4 projets du round précédent à Qair, Scatec, AMEA Power et Voltalia a démontré l’attractivité de la Tunisie auprès des développeurs internationaux spécialisés dans les marchés émergents.

Conclusion : une fenêtre ouverte pour deux mois

Le 6ème round d’autorisations solaires tunisiennes ouvre une fenêtre de 60 jours pour les développeurs souhaitant s’inscrire dans la transition énergétique du pays. Avec 200 MW à allouer, une sélection par ordre de dépôt et un critère de raccordement réseau déterminant, ce round récompensera la préparation et la connaissance du marché local. Pour les acteurs déjà implantés dans la région, la Tunisie offre une opportunité concrète à saisir avant le 15 juin 2026.