Maamba Energy : du charbon au solaire dans le Sinazongwe District
Maamba Energy Limited est une entreprise de production d’électricité dont l’actionnaire principal est ZCCM Investments Holdings, le holding minier de l’État zambien. Le site de Sinazongwe accueille une mine de charbon exploitée en parallèle de la centrale thermique, dans un modèle de proximité mine-centrale qui permettait historiquement de minimiser les coûts de transport du combustible. La centrale thermique de 300 MW a été mise en service en plusieurs phases à partir de 2016.
L’ajout de la centrale solaire de Maamba à Sinazongwe s’inscrit dans une logique économique directe : avec l’augmentation du coût du charbon zambien et les contraintes logistiques d’une mine dont les rendements déclinent, substituer une partie de la production thermique par du solaire — pour les heures diurnes où ce dernier est disponible — réduit les coûts d’exploitation variables. Sur la base d’un facteur de capacité solaire de 25 % et d’un coût d’exploitation quasi nul par rapport au charbon, les 100 MW solaires devraient générer environ 219 GWh par an, substituant environ 80 000 tonnes de charbon et réduisant les émissions de CO₂ de l’ordre de 170 000 tonnes par an.
Caractéristiques techniques de la centrale solaire
La centrale solaire de Maamba déploie des modules bifaciaux montés sur des trackers à axe unique — la combinaison désormais standard pour les projets solaires utility-scale dans les zones semi-arides d’Afrique australe. Le suivi axe unique augmente le rendement de production de 15 à 25 % par rapport à des modules fixes, en suivant la course du soleil de l’est à l’ouest au fil de la journée. La bifacialité des modules capte en outre la lumière réfléchie par le sol sur la face arrière des panneaux — un gain de 5 à 10 % supplémentaire selon l’albédo du terrain.
Le raccordement de la centrale solaire Maamba au réseau zambien ZESCO s’effectue via une sous-station 330 kV construite aux standards internationaux, dimensionnée pour accueillir la production solaire sans modifications des transformateurs existants sur le site thermique. Cette intégration sur site facilite le raccordement et réduit les coûts d’infrastructure de connexion, puisque les infrastructures de transport électrique du site thermique sont réutilisées.
Le système ne comprend pas de stockage par batteries (BESS) dans cette première phase, contrairement aux projets solaires les plus récents au Zambie — comme Leopards Hill (250 MWp + 600 MWh BESS, Globeleq et ZESCO, groundbreaking juin 2026) ou le projet CFIP 300 MW + BESS en cours d’appel d’offres. L’absence de BESS est cohérente avec le positionnement de Maamba : l’énergie solaire vient compléter la production thermique existante, qui assure elle-même la fonction de base-load et de stabilisation.

Un calendrier de construction tenu malgré les défis logistiques
Le lancement des travaux en septembre 2025 et la mise en service prévue en juillet 2026 correspondent à un délai de construction de dix mois pour 100 MW — un rythme rapide pour un projet de cette taille en Afrique subsaharienne. À titre de comparaison, les projets solaires de 50 à 100 MW dans la région prennent généralement 12 à 18 mois de construction après mobilisation du chantier, selon la disponibilité des équipements et la fluidité des procédures douanières.
Sinazongwe est une zone relativement isolée au sud du Zambie, à environ 50 km de Choma (la capitale de Southern Province) et à plus de 300 km de Lusaka. L’approvisionnement en modules, câbles, inverteurs et structures de montage a nécessité une logistique routière en l’absence d’infrastructure ferroviaire locale. Malgré ces contraintes, le calendrier a été tenu — ce qui témoigne d’une maîtrise d’ouvrage opérationnelle de Maamba Energy sur un type de projet qu’elle n’avait pas encore développé.
L’entreprise d’ingénierie EPC (Engineering, Procurement and Construction) retenue pour la construction n’a pas été identifiée publiquement dans les communiqués disponibles. Les équipements principaux sont d’origine asiatique, en accord avec les tendances du marché zambien des équipements solaires.
Contribution à l’objectif zambien de 1 000 MW d’ENR
La Zambie s’est fixé un objectif national d’ajouter 1 000 MW de capacités renouvelables au réseau national dans le cadre de Mission 300. Cet objectif est particulièrement urgent pour un pays dont l’économie repose structurellement sur l’hydroélectricité — qui représente environ 85 % de la capacité installée — mais dont les barrages souffrent d’une baisse chronique des niveaux d’eau due à des sécheresses répétées depuis 2022. En 2024 et début 2025, le déficit de production hydroélectrique avait contraint ZESCO à imposer jusqu’à 12 à 16 heures de délestage par jour dans certaines zones du pays.
Les 100 MW de Maamba représentent 10 % de l’objectif national de 1 000 MW. Additionnés aux projets récemment annoncés ou mis en service dans le pays — Leopards Hill 250 MWp + BESS (Globeleq, juin 2026), appel d’offres CFIP 300 MW + BESS (ERB/ZESCO, juin 2026), projet GenVision/Tatanga 300 MW + 800 MWh au Copperbelt — la Zambie montre en 2026 une dynamique solaire significative, même si le bouclage financier et la mise en service de ces projets prendront encore plusieurs années.
La politique énergétique zambienne a été réformée en 2024 avec l’adoption de nouvelles réglementations pour les mini-réseaux (capacité portée à 10 MW) et un cadre IPP actualisé par l’Energy Regulation Board (ERB). Ces réformes facilitent l’entrée de développeurs privés et diversifient les modèles de contrat disponibles — IPP classique avec PPA ZESCO, wheeling direct vers des offtakers miniers industriels, ou mini-réseaux isolés pour les zones rurales.

Maamba dans le pipeline solaire zambien en 2026
En entrant en service en juillet 2026, Maamba devient la première centrale solaire utility-scale mise en service en Zambie en 2026 — avant les projets plus récents qui sont encore en développement ou construction. Ses 100 MW s’ajoutent à une capacité solaire nationale qui restait faible jusqu’en 2025 : moins de 50 MW de solaire utility-scale opérationnels à fin 2024 selon les données IRENA, sur un parc total d’environ 3 200 MW.
Pour les acteurs industriels zambiens — notamment les mines de cuivre du Copperbelt qui subissent les délestages et cherchent à sécuriser leur alimentation en énergie propre à coût compétitif — l’arrivée de nouvelles capacités solaires au réseau national est un signal positif. Plusieurs mineurs ont engagé des négociations de PPA direct (wheeling) avec des développeurs solaires pour sécuriser leur énergie hors du réseau ZESCO. Le projet GenVision/Tatanga 300 MW + 800 MWh au Copperbelt, dont l’accord de développement conjoint a été signé en 2025, cible précisément cette demande industrielle.
La centrale solaire de Maamba illustre une trajectoire qui se multiplie à travers l’Afrique australe : des opérateurs de sites thermiques existants qui ajoutent du solaire pour réduire leurs coûts variables et verdir progressivement leur profil de production — sans pour autant fermer les actifs thermiques, dont la Zambie a encore besoin pour sa stabilité de réseau.










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