La PPA de 1,95 GW : dimensions du projet et calendrier
1,95 gigawatt de capacité solaire photovoltaïque. 3,9 gigawattheures de stockage par batterie. Cette centrale solaire-stockage, la plus grande jamais contracté en Afrique pour l’énergie hybride, vient d’être acté juridiquement par Scatec et l’Egyptian Electricity Transmission Company (EETC).
La signature de ce Power Purchase Agreement constitue un tournant pour le continent. Le projet comprend deux phases opérationnelles imbriquées : la Phase 1 doit entrer en exploitation au cours du premier semestre 2026, tandis que la Phase 2 suivra au second semestre de la même année. Le site de Scatec, cependant, montre le projet comme étant en backlog. Ces milestones ne seront peut être pas atteint pour 2026.
L’architecture technique associe un système solaire photovoltaïque hybride intégré — fusion du panneautage et du stockage électrochimique — à des unités de BESS (Battery Energy Storage System) autonomes conçues pour la stabilité du réseau. L’ensemble est dimensionné pour fournir une puissance de base prévisible, éliminant l’une des principales contraintes historiques des parcs solaires africains : l’intermittence.
Le coût du projet s’élève à plusieurs centaines de millions de dollars, confirmant que les barrières de financement pour les mégaprojets africains s’effondrent progressivement dès lors que la viabilité technique est démontrée et que les partenaires publics offrent des garanties de revenus solides.
Scatec consolide son leadership en Afrique du Nord
Scatec ne découvre pas l’Égypte : le développeur norvégien y compte déjà 983MW en exploitation (Porjet Obelisk I et Benben), ce qui le positionne comme le plus grand développeur solaire du pays.
L’annonce du contrat de 1,95 GW étend cette avance de manière significative. Avec la mise en service progressive de ce projet, Scatec double sa présence égyptienne en l’espace de deux à trois ans. Ce rythme de déploiement illustre une confiance fondée dans la stabilité régulière du marché égyptien — contrats honnis à long terme, cadre réglementaire prévisible, demande croissante d’électricité bas-carbone.
Hors Égypte, Scatec affiche déjà plusieurs projets majeurs en Afrique de l’Ouest et centrale. En Tunisie, l’entreprise a signé des contrats dans la filière solaire-hydrogène. Au Sénégal, elle exploite des actifs multi-technologies. Cette présence régionale diversifiée lui permet de mutualiser les apprentissages d’un marché à l’autre, d’optimiser les chaînes d’approvisionnement et de négocier avec les équipementiers (panneaux, onduleurs, batteries) à l’échelle continentale plutôt que projet par projet.
La compétition régionale reste féroce. AMEA Power, Infinity Power et d’autres développeurs rivalisent pour les mêmes opportunités. Mais Scatec, avec ses 380 MW déjà opérationnels en Égypte seule et sa capacité à cofinancer des gigawatts, consolide une position de premier plan que seules une ou deux autres entreprises mondiales peuvent égaler.

L’Égypte accélère sa transition énergétique : contexte de demande et stratégie gouvernementale
La signature de ce contrat n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une accélération égyptienne de la transition énergétique qui dépasse les objectifs affichés il y a cinq ans.
L’Égypte, avec une population approchant 110 millions d’habitants et une croissance économique restante à deux chiffres annuels, fait face à une tension structurelle : la demande d’électricité grimpe en moyenne de 4 à 5 % par an, tandis que les gisements gaziers nationaux — historiquement fondement de la génération électrique — déclinent. Cet écart exige une substitution rapide vers les renouvelables.
Le gouvernement égyptien cible 42 % d’électricité renouvelable dans le mix énergétique national d’ici 2030. Cet objectif, ambitieux sur le papier, nécessite un déploiement annuel de 4 à 5 GW supplémentaires de capacité solaire et éolienne. Le projet Scatec-EETC de 1,95 GW contribue directement à fermer ce gap, en représentant presque la moitié de la capacité annuelle requise.
L’Égypte n’opère pas seule : le financement des grands projets hybrides provient de banques multilatérales (Banque mondiale, Banque africaine de développement), de fonds climat européens et d’investisseurs institutionnels. Le BESS, en particulier, attire des capitaux patient : sa valeur réside non dans la génération d’électricité, mais dans la fourniture de services d’équilibre du réseau — services de plus en plus critiques à mesure que le taux de pénétration solaire monte.
Une architecture hybride qui redéfinit les standards du continent
L’intégration solaire-BESS n’est pas une simple additivité technologique : elle reconforme l’économie d’ensemble.
Historiquement, les parcs solaires africains souffraient d’un handicap temporel : surplus énergétique en journée, déficit nocturne, et impossibilité de répondre aux appels de puissance du gestionnaire de réseau. Les générateurs diesel ou gaz-naturel comblaient cet écart, à un coût de carburant volatile et souvent subventionné par les États.
Le projet Scatec-EETC change cette équation. La batterie de 3,9 GWh, chargée en journée par les panneaux solaires, peut restituer de l’électricité 24h/24 dans les limites de sa profondeur de décharge. Le dimensionnement (1,95 GW de PV pour 3,9 GWh de stockage) correspond à un ratio de 2h de cycle moyen, suffisant pour couvrir les heures creuses nocturnes dans un climat égyptien à très fort ensoleillement.
Cette architecture intéressée les investisseurs et les régulateurs : elle approche la fiabilité d’une centrale thermique classique, mais sans les coûts de carburant. Elle élimine aussi la volatilité des prix de l’électricité due aux chocs pétroliers régionaux. Pour l’Égypte, importer des quantités croissantes de produits pétroliers pour la génération électrique pèse sur les réserves de change ; chaque kilowattheure solaire-BESS comble ce déficit.
Techniquement, le projet ouvre aussi un terrain de test pour l’intégration HTA-BT du BESS : comment faire fonctionner une batterie géante sans surcharger les lignes existantes et sans créer d’instabilités harmoniques. Les apprentissages de ce projet rayonneront sur tous les futurs projets égyptiens et, par essaimage, sur la région.
Implications pour les développeurs et investisseurs régionaux
Cette signature confirme un déplacement paradigmatique dans la compétition pour les gigawatts africains : le prix du photovoltaïque et des batteries ayant chuté, la vraie barrière n’est plus technologique — c’est financière et réglementaire.
Pour les développeurs régionaux et internationaux opérant en Afrique, trois signaux dominent. D’abord, le financement de centrale solaire-stockage de cette taille (plusieurs milliards USD) est accessible, sous réserve que le promoteur maîtrise le développement, que l’offreur (EETC) offre une garantie long terme, et que les cofonds multilatéraux s’alignent. Deuxièmement, la compétition pour les sites premium s’intensifie : Scatec n’a pas pu accumuler 1,95 GW sans prendre des terrains désirables ailleurs aussi. Les nouveaux entrants doivent accélérer leurs pipelines fonciers. Troisièmement, le BESS devient un service de marché, pas un supplément. Les développeurs qui sauront dimensionner et exploiter le stockage comme produit distinct (services d’équilibre, services de stabilité) gagnent un avantage compétitif durable.
Pour les banques et les fonds institutionnels, l’Égypte offre une combinaison rare : un gouvernement engagé dans les transitions vertes, une demande d’électricité forte et prévisible, et des contrats PPA à revenus stables. Le risque pays égyptien reste réel, mais ce projet de 1,95 GW semble avoir trouvé les bons mécanismes de crédit pour y répondre.











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