centrale solaire flottante sur la barrage de tanger

Maroc : H2air PX met en service la plus grande centrale solaire flottante d’Afrique à Tanger Med

Treize mégawatts-crête installés sur une retenue d’eau : le français H2air PX a mis en service début juillet 2026 la plus importante centrale solaire flottante actuellement en exploitation sur le continent africain, selon pv magazine France. L’installation alimente le port de Tanger Med à partir d’un plan d’eau utilisé pour ses besoins industriels, à l’issue d’un appel d’offres lancé par Tanger Med Utilities en 2023.

Le projet illustre une tendance encore marginale mais croissante en Afrique : l’exploitation de surfaces aquatiques industrielles pour produire de l’électricité solaire, sans mobiliser de foncier supplémentaire. Pour un hub logistique comme Tanger Med, dont l’emprise au sol est déjà saturée par les terminaux, les zones de stockage et les infrastructures routières, la retenue d’eau représentait l’une des rares surfaces disponibles pour un projet de cette échelle.

13 MWc de centrale solaire flottante : le pari technique de Tanger Med

Une centrale solaire flottante doit se composer avec des contraintes que ne connaît pas une installation au sol : variations du niveau d’eau, ancrage résistant aux vents et aux courants, câblage étanche entre les flotteurs et le poste de livraison. Le site de Tanger Med ajoutait une difficulté supplémentaire liée à la topographie contrainte de la retenue, selon les précisions apportées par H2air PX.

Le dimensionnement à 13 MWc reste modeste comparé aux grands projets solaires au sol du royaume, mais la performance ne se mesure pas uniquement en mégawatts : elle se mesure en absence d’artificialisation de terres agricoles ou naturelles, et en réduction de l’évaporation du plan d’eau couvert par les flotteurs, un bénéfice secondaire souvent recherché dans les régions où la ressource en eau est sous tension.

Un consortium européen pour une contrainte marocaine

H2air, fondée à Amiens en 2008 et devenue producteur indépendant d’électricité renouvelable sous la marque H2air PX depuis 2013, revendique environ 360 MW de capacités construites en France et à l’international, principalement dans l’éolien avant sa diversification vers le solaire. Le projet de Tanger Med a mobilisé un consortium technique complet : EnergyDesign pour le génie civil, Seaflex pour les systèmes d’ancrage et d’amarrage, et Profloating comme fournisseur de la structure flottante elle-même.

Ce montage en consortium spécialisé reflète une réalité du marché du solaire flottant : contrairement au photovoltaïque au sol, où l’ingénierie est désormais largement standardisée, chaque projet flottant nécessite une adaptation fine aux conditions hydrologiques locales, ce qui limite encore le nombre d’acteurs capables de livrer ce type d’installation clé en main sur le continent.

centrale solaire flottante sur la barrage de tanger

Pourquoi le flottant s’impose sur les sites industriels et portuaires

Le foncier reste l’un des obstacles les plus sous-estimés du développement solaire en Afrique, en particulier sur les sites industriels et portuaires où chaque hectare a déjà une valeur d’usage logistique. Les plans d’eau associés à l’activité industrielle — bassins de rétention, réservoirs de refroidissement, retenues portuaires — offrent une alternative qui évite les procédures d’acquisition foncière et les conflits d’usage avec les populations riveraines.

Pour les opérateurs portuaires et industriels, l’argument économique se double d’un argument opérationnel : une centrale solaire flottante posée sur une infrastructure existante peut être raccordée directement au réseau électrique interne du site, réduisant les coûts de transport d’électricité par rapport à un projet distant nécessitant une nouvelle ligne dédiée.

Le segment reste toutefois embryonnaire à l’échelle du continent : avant la mise en service de Tanger Med, les rares installations flottantes recensées en Afrique se limitaient à des pilotes de quelques mégawatts, loin des giga-projets flottants déjà opérationnels en Chine ou en Asie du Sud-Est. La barre des 13 MWc, même modeste au regard des standards asiatiques, marque donc un changement d’échelle pour le marché africain du solaire flottant plutôt qu’une simple curiosité technique.

Le Maroc, laboratoire des formats solaires alternatifs

Le Maroc a bâti sa réputation solaire sur des mégaprojets au sol, à commencer par le complexe Noor Ouarzazate, qui combine solaire thermodynamique et photovoltaïque sur 580 MW cumulés en quatre phases, et le programme Noor Midelt, qui doit associer jusqu’à 800 MW de capacité solaire thermodynamique et photovoltaïque hybride. Le pays a également fait entrer en vigueur en juin 2026 la loi 82-21 sur l’autoproduction, qui ouvre la voie à davantage de projets solaires portés directement par les industriels.

La centrale solaire flottante de Tanger Med s’inscrit dans cette diversification des formats : après les fermes au sol destinées au réseau national, le royaume expérimente désormais des solutions solaires taillées pour des contraintes foncières spécifiques, sur des sites où le modèle classique ne s’applique pas.

Ce que ce projet ouvre pour les développeurs

La mise en service de Tanger Med fournit une référence opérationnelle concrète pour les développeurs qui ciblent les infrastructures portuaires et industrielles ailleurs sur le continent, du Sénégal à l’Égypte, où plusieurs zones économiques spéciales disposent de plans d’eau similaires. Le retour d’expérience technique du consortium H2air PX, EnergyDesign, Seaflex et Profloating pourrait accélérer la réplication du modèle sur d’autres sites portuaires africains, à condition que les opérateurs concernés structurent des appels d’offres dédiés pour centrale solaire flottante comme l’a fait Tanger Med Utilities dès 2023.