Le programme RBF II : 300 millions USD pour l'électrification rurale et périurbaine

Rwanda : le programme RBF II mobilise 300 millions USD pour l’accès universel à l’électricité d’ici 2030

Le programme RBF II : 300 millions USD pour l’électrification rurale et périurbaine

Le programme RBF II sera mis en œuvre par le ministère rwandais des Infrastructures, via le Rwanda Energy Group (REG) et ses deux filiales opérationnelles : l’Energy Development Corporation Limited (EDCL), responsable du développement des infrastructures, et l’Energy Utility Corporation (EUCL), chargée de la distribution et de la commercialisation de l’électricité.

Les 300 millions USD couvrent quatre composantes principales. La première concerne la réhabilitation de quatre sous-stations électriques existantes et la construction d’environ 3 855 km de lignes de distribution moyenne et basse tension — des investissements d’infrastructure lourde indispensables pour amener l’électricité dans les derniers kilomètres vers les zones rurales non encore raccordées. La deuxième composante finance 200 000 nouvelles connexions réseau pour les ménages et 850 usagers commerciaux dans les zones couvertes par ces nouvelles lignes.

La troisième composante, distincte du réseau, porte sur 50 000 nouvelles connexions hors réseau via des systèmes solaires décentralisés — kits solaires, systèmes solaires individuels et mini-réseaux locaux — ciblant les zones où l’extension du réseau national n’est pas économiquement viable à court terme. La quatrième composante prévoit la distribution de foyers à cuisine propre à 100 000 ménages et à 310 établissements publics (écoles, centres de santé), ainsi que l’installation d’éclairage public solaire sur 200 km de routes en villes secondaires.

Une nouvelle alliance BAD–AIIB au service de l’accès à l’énergie

La cofinance AIIB sur ce programme mérite un commentaire éditorial. La Banque asiatique d’infrastructure et d’investissement, fondée en 2016 à l’initiative de la Chine et regroupant 109 membres, est historiquement positionnée sur les infrastructures en Asie et en Europe. Son engagement croissant en Afrique — le Rwanda est l’un de ses projets phares sur le continent — traduit une diversification géographique de son portefeuille.

Pour la BAD, le partenariat avec l’AIIB permet de mobiliser 100 millions USD additionnels sans diluer la souveraineté programmatique de l’opération. Ce modèle de co-financement multilatéral — deux institutions de développement avec des mandats géographiques distincts qui convergent sur un même programme pays — correspond à ce que les praticiens appellent un « club deal » institutionnel, efficace pour des programmes de grande taille dans des pays à revenu intermédiaire inférieur avec un risque souverain acceptable.

Le Rwanda présente précisément ce profil : une gouvernance stable, un secteur électrique réformé, un opérateur unique (REG) avec un bilan financier maîtrisé, et un taux d’électrification déjà supérieur à 72 % selon les données 2024 — ce qui le positionne parmi les leaders d’Afrique subsaharienne, mais laisse encore plusieurs millions de personnes sans accès.

Objectifs opérationnels : réseau, hors réseau et cuisine propre

Les 200 000 nouvelles connexions réseau visées représentent une augmentation d’environ 10 % du nombre de foyers raccordés au réseau national, qui comptait 1,9 million de connexions à fin 2024. À ce rythme, combiné aux projections du RBF I, le Rwanda est en bonne voie pour atteindre son objectif d’accès universel à l’électricité d’ici 2030 — soit environ 100 % des ménages, contre 72 % aujourd’hui.

Les 50 000 connexions hors réseau constituent le segment le plus directement solaire du programme. Elles ciblent des zones rurales du nord et de l’est du pays où la densité de population et la distance aux infrastructures existantes rendent l’extension du réseau plus coûteuse que le déploiement de systèmes solaires autonomes ou de mini-réseaux. Le programme RBF I avait déjà permis le déploiement de solutions hors réseau à environ 100 000 ménages, avec des kits solaires fournis via des distributeurs privés agréés dans le cadre d’une logique de subsidiarité entre État et marché privé.

La composante cuisine propre est quantifiée à 100 000 foyers et 310 établissements publics — une ambition modeste au regard des besoins, mais cohérente avec le budget disponible. Elle cible en priorité les foyers encore dépendants du charbon de bois et de la biomasse, notamment en milieu rural. Le Rwanda a adopté une politique nationale de cuisine propre en 2023 qui fixe un objectif de 80 % de ménages utilisant des technologies propres d’ici 2030.

Le modèle RBF (Results-Based Financing) appliqué à l’énergie

Le RBF (Results-Based Financing, financement basé sur les résultats) est un mécanisme de financement dans lequel les décaissements de la BAD et de l’AIIB ne sont pas débloqués à la signature du projet mais conditionnés à l’atteinte d’indicateurs de résultats préalablement définis. Pour le programme RBF II, ces indicateurs sont mesurés par des auditeurs indépendants : nombre de connexions réseau effectives vérifiées, nombre de kits solaires hors réseau déployés et fonctionnels après six mois d’utilisation, tonnage de CO₂ évité via la cuisine propre, kilomètres de lignes installés et réceptionnés.

Ce mécanisme présente plusieurs avantages par rapport au financement classique basé sur les décaissements à l’avancement des travaux. Il incite l’opérateur national (REG) à prioriser les connexions réelles sur les connexions « papier ». Il réduit le risque de détournement ou de mauvaise utilisation des fonds, puisque les décaissements suivent les résultats vérifiés. Il renforce aussi la robustesse des données statistiques sur l’accès à l’énergie, un point faible chronique en Afrique subsaharienne.

RBF I avait produit des résultats significatifs : le taux d’électrification rwandais est passé de 34 % en 2017 à 72 % en 2024, une progression parmi les plus rapides d’Afrique subsaharienne. Le programme a été cité par la BAD comme une référence méthodologique pour d’autres pays du continent.

Rwanda Energy Group : opérateur d’un marché en forte progression

Le Rwanda Energy Group (REG), créé en 2014 par fusion des entités de production, transport et distribution électriques, est l’opérateur unique du secteur électrique rwandais. REG gère un parc de production d’environ 300 MW — hydroélectricité (55 %), solaire (15 %), thermique (20 %) et biogaz (10 %) — et exploite environ 15 000 km de lignes de distribution.

La composante solaire de REG s’est renforcée ces dernières années avec plusieurs parcs utility-scale : Agahozo-Shalom (8,5 MW, 2014, premier parc solaire sub-saharien financé par le marché), Rwamagana (8,5 MW), ainsi que des projets plus récents dans le cadre du programme de géothermie et de solaire répartis entre différentes zones du pays. Le programme RBF II financera notamment des extensions de capacités de transformation et de distribution qui permettront d’accueillir la future capacité géothermique attendue (Rwanda dispose d’un potentiel géothermique estimé à 700 MW dans la région volcanique du nord-ouest).

Pour les investisseurs du secteur ENR intéressés par le Rwanda, RBF II signe la continuité de l’engagement institutionnel des DFI sur ce marché. La bankabilité du Rwanda est confirmée par sa note souveraine et sa gouvernance du secteur. Les prochains appels d’offres IPP solaires attendus d’ici 2027 — dans le cadre des projections de demande de REG — pourraient attirer des développeurs actifs sur d’autres marchés d’Afrique de l’Est.