Image representative de panneaux solaire pour le solaire pilotable en egypte

Égypte : le solaire pilotable change d’échelle avec 1,95 GW de solaire et 3,9 GWh de stockage

Le solaire pilotable s’impose comme un tournant stratégique majeur pour le système électrique égyptien. En janvier 2026, la signature d’un accord d’achat d’électricité (PPA) d’une ampleur inédite entre Scatec et l’Egyptian Electricity Transmission Company marque une rupture claire avec les modèles classiques du solaire intermittent. Avec 1,95 GW de capacité photovoltaïque et 3,9 GWh de stockage par batteries, ce projet établit un nouveau standard en Afrique pour la production renouvelable capable de fournir une énergie continue, stable et intégrée au réseau national.

Un accord structurant pour le système électrique égyptien

L’accord conclu repose sur un PPA d’une durée de 25 ans, libellé en dollars américains, et basé sur un mécanisme « pay-as-produced ». Cette structure garantit à la fois une visibilité financière à long terme pour le développeur et une sécurisation de l’approvisionnement pour l’opérateur public égyptien. Le projet comprend un système hybride solaire-batteries capable de délivrer une production renouvelable quasi continue, complété par deux unités de stockage autonomes destinées aux services réseau. L’ensemble vise une production annuelle estimée à environ 6 000 GWh, soit un volume équivalent à la consommation de plusieurs millions de foyers.

Le solaire pilotable comme réponse aux contraintes du réseau

Le solaire pilotable répond directement aux fragilités structurelles du réseau égyptien. Les coupures d’électricité observées en 2024 ont mis en évidence la dépendance du pays aux combustibles fossiles, en particulier au gaz naturel, ainsi que la difficulté d’absorber des volumes croissants d’énergies intermittentes sans outils de flexibilité. En intégrant massivement le stockage par batteries, le projet permet de lisser la production solaire, de couvrir les pointes de consommation en soirée et d’assurer des services essentiels de stabilisation de fréquence et de tension.

Une architecture hybride à grande échelle

Le projet se distingue par son dimensionnement exceptionnel. Les batteries, avec une capacité totale de 3,9 GWh, représentent l’un des plus grands déploiements de stockage stationnaire jamais annoncés sur le continent africain. Cette capacité permet non seulement le décalage temporel de l’énergie solaire, mais aussi une gestion active du réseau. Contrairement aux centrales solaires conventionnelles, l’installation est conçue comme une infrastructure de production pilotable, capable de répondre aux besoins du dispatching national.

Un signal fort envoyé aux investisseurs internationaux

L’ampleur du projet et sa structuration contractuelle envoient un signal clair aux investisseurs. L’Égypte démontre sa capacité à absorber des projets renouvelables complexes, combinant production et stockage, tout en offrant un cadre contractuel bancable. Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par l’intervention de banques de développement, de fonds institutionnels et d’investisseurs privés dans les projets énergétiques du pays. Elle confirme également l’attractivité du marché égyptien pour les infrastructures énergétiques de nouvelle génération.

Image representative de panneaux solaire pour le solaire pilotable en egypte

Une contribution directe aux objectifs climatiques et énergétiques

L’Égypte s’est fixé pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à environ 42 % de son mix électrique d’ici 2030. Le projet contribue directement à cette trajectoire, tout en réduisant la pression sur les ressources fossiles exportables. En substituant une production renouvelable stable à des centrales thermiques utilisées en pointe, le pays améliore sa sécurité énergétique tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre.

Un levier pour l’intégration régionale

Au-delà de l’équilibre national, ce projet renforce la position de l’Égypte comme futur hub énergétique régional. Les interconnexions en développement avec la Grèce et l’Italie nécessitent une capacité à fournir une énergie fiable et prévisible. Le stockage joue ici un rôle clé, en garantissant une qualité de fourniture compatible avec les exigences des marchés européens. Le solaire couplé aux batteries devient ainsi un outil géopolitique autant qu’énergétique.

Un modèle reproductible pour l’Afrique

Ce projet ouvre la voie à une nouvelle génération d’infrastructures renouvelables sur le continent. Il démontre que le solaire n’est plus limité à un rôle d’appoint, mais peut constituer une source de base lorsqu’il est associé à des capacités de stockage suffisantes. Pour de nombreux pays africains confrontés à des réseaux fragiles et à une croissance rapide de la demande, ce modèle représente une alternative crédible aux investissements lourds dans les centrales thermiques.

Défis et conditions de réussite

Malgré son potentiel, le déploiement à grande échelle du stockage reste confronté à plusieurs défis : coûts d’investissement élevés, dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales et nécessité d’adapter les cadres réglementaires. La réussite du projet égyptien reposera sur la capacité à maîtriser ces paramètres, à renforcer les infrastructures de transport d’électricité et à former les compétences locales nécessaires à l’exploitation de systèmes complexes.

Une étape décisive pour la transition énergétique égyptienne

En combinant solaire à grande échelle et stockage massif, l’Égypte franchit un cap décisif. Le projet illustre une évolution profonde de la manière dont les pays émergents abordent la transition énergétique : non plus comme une simple substitution technologique, mais comme une transformation systémique du réseau électrique. À ce titre, il pourrait devenir une référence continentale pour le déploiement d’une énergie renouvelable fiable, compétitive et durable.