À 270 kilomètres à l’ouest de Kolwezi, dans la province du Lualaba en République Démocratique du Congo, le complexe minier Kamoa-Kakula est en train de réaliser ce qui constitue, à ce jour, la plus grande installation de solaire stockage en RDC — et plus largement dans le secteur minier africain. Kamoa Copper S.A., coentreprise réunissant Ivanhoe Mines (39,6 %), Zijin Mining (39,6 %), Crystal River Global (0,8 %) et l’État congolais via la Gécamines (20 %), déploie un système combinant 433 mégawatts-crête (MWc) de puissance photovoltaïque et 1 107 mégawatheures (MWh) de stockage par batteries. Un projet sans équivalent sur le continent.
Un projet à l’échelle d’une infrastructure nationale
Pour saisir l’envergure réelle de ce chantier, les chiffres s’imposent. Les 433 MWc de panneaux solaires couvrent environ 500 hectares de terrain — l’équivalent de 700 terrains de football. Le système de stockage de 1 107 MWh, quant à lui, permettra à la centrale de continuer à alimenter le site en énergie solaire bien après le coucher du soleil, sans recourir à des générateurs diesel ou à des centrales thermiques.
Le résultat : une capacité de délivrer jusqu’à 60 mégawatts (MW) de puissance en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. C’est ce qu’on appelle de l’énergie solaire en baseload — une source de base fiable et stable, comparable à une centrale thermique, mais produite à partir du soleil. En février 2026, le projet était réalisé à environ 70 %, avec une mise en service commerciale attendue au deuxième trimestre 2026.

CrossBoundary Energy et Green World Energie : une expertise au service du terrain
Le projet est développé en partenariat avec CrossBoundary Energy et Green World Energie SARL. CrossBoundary, fondée en 2011 et active dans plus de 15 pays africains, est spécialisée dans la structuration et le financement de systèmes d’énergie renouvelable décentralisée pour l’industrie. Elle a déjà mené à bien des projets similaires pour des mines, des hôtels et des zones économiques spéciales à travers le continent. Sa maîtrise des mécanismes de financement en environnement complexe est l’un des facteurs clés de la viabilité du projet.
Green World Energie SARL, partenaire congolais, assure l’ancrage local de l’opération et facilite le transfert de compétences techniques au bénéfice des équipes de Kamoa. Dans un contexte où la durabilité des projets industriels en RDC dépend souvent de leur capacité à s’inscrire dans le tissu économique local, cette dimension n’est pas accessoire.

Le solaire stockage en RDC face au défi énergétique structurel du pays
La portée de ce projet ne peut être pleinement appréciée sans rappeler le contexte énergétique de la RDC. Malgré un potentiel hydroélectrique estimé à 100 000 MW — soit 13 % du potentiel mondial —, le pays ne dispose que d’environ 2 500 MW de capacité installée, en grande partie vétuste ou sous-utilisée. Le taux d’électrification national reste inférieur à 20 %, l’un des plus bas d’Afrique subsaharienne.
Dans cet environnement de pénurie structurelle, les entreprises industrielles ne peuvent pas se reposer sur le réseau électrique national pour garantir la continuité de leurs opérations. C’est précisément ce qui a poussé Kamoa Copper à investir dans sa propre infrastructure de production solaire stockage. Produire son électricité sur site, à partir d’une source renouvelable, n’est pas ici un choix idéologique : c’est une nécessité opérationnelle.
Une logique économique solide, au-delà de l’argument environnemental
Les bénéfices environnementaux du projet solair stockage en RDC sont réels et mesurables. Selon les projections de Kamoa Copper, l’installation devrait produire environ 300 000 MWh d’électricité propre par an, évitant l’émission d’environ 78 750 tonnes de CO₂ annuellement — l’équivalent du retrait de plus de 17 000 véhicules thermiques. Pour une industrie minière régulièrement critiquée pour son empreinte écologique, cet investissement constitue également un signal fort à destination des investisseurs institutionnels de plus en plus attentifs aux critères ESG.
Mais la logique économique est tout aussi convaincante. La mine de Kamoa-Kakula est une consommatrice intensive d’énergie : l’extraction et le traitement de minerai de cuivre à grande échelle requièrent une alimentation électrique stable et abondante. En produisant sa propre électricité, l’entreprise réduit sa dépendance à un réseau peu fiable et stabilise ses coûts opérationnels sur la durée. Le coût actualisé de l’énergie solaire couplée au stockage est aujourd’hui compétitif face aux alternatives thermiques, en particulier lorsqu’on intègre la volatilité des prix du carburant et les coûts de maintenance des générateurs.
Kamoa-Kakula, signal fort pour le solaire industriel en Afrique subsaharienne
Ce projet s’inscrit dans une tendance de fond qui traverse l’ensemble de l’Afrique subsaharienne : la convergence entre transition énergétique et compétitivité industrielle. Des mines au Zimbabwé, en Zambie, au Ghana et au Sénégal ont toutes lancé des projets similaires au cours des trois dernières années. Le secteur minier, avec ses besoins énergétiques stables et prévisibles et sa capacité à négocier directement avec des développeurs privés, s’est imposé comme l’un des marchés les plus dynamiques pour le solaire industriel sur le continent.
Ce qui distingue Kamoa-Kakula, c’est l’échelle. À 433 MWc de solaire et 1 107 MWh de stockage, l’installation dépasse largement tout ce qui a été réalisé jusqu’ici dans ce segment. Elle démontre qu’il est techniquement et économiquement possible de faire du solaire une source d’énergie de base pour une opération industrielle lourde, y compris dans un environnement aussi exigeant que le bassin minier congolais.
La feuille de route des partenaires prévoit d’ailleurs d’aller plus loin. Une extension significative est envisagée, avec l’objectif de porter la capacité renouvelable en baseload à 120 MW, soit le double de la puissance actuellement planifiée. Cette ambition témoigne de la confiance des opérateurs dans la viabilité du modèle solaire stockage à grande échelle.
Ce que ce projet signifie pour la RDC et ses perspectives énergétiques
Pour la République Démocratique du Congo, les implications du projet solaire stockage dépassent le cadre de Kamoa-Kakula. Il démontre que des investissements massifs dans les énergies renouvelables sont possibles même dans des environnements perçus comme difficiles, à condition que le cadre contractuel soit solide et les acteurs suffisamment expérimentés. C’est une leçon précieuse pour un pays qui cherche à attirer des capitaux privés dans son secteur énergétique.
Le succès du projet solaire stockage en RDC ouvre également la voie à une multiplication d’initiatives similaires dans d’autres secteurs industriels du pays. Si le modèle solaire+stockage se réplique à échelle dans l’industrie congolaise, l’impact cumulé sur la décarbonation et sur la sécurité d’approvisionnement électrique du pays pourrait être considérable. Les communautés locales, qui bénéficient parfois indirectement des surplus de production des installations industrielles, ont également un intérêt direct dans la réussites de tels projets.
La RDC dispose de ressources minérales stratégiques — cuivre, cobalt, coltan — dont le monde aura besoin en quantités croissantes pour la transition énergétique mondiale. Que ces ressources soient extraites de manière de plus en plus propre, grâce à des énergies renouvelables produites sur place, constitue une évolution structurelle dont l’importance ne doit pas être sous-estimée.
Solar Perspective continuera de suivre l’avancement du projet Kamoa-Kakula et, plus largement, le développement du solaire industriel en Afrique centrale. La RDC, avec ses ressources minérales et son potentiel renouvelable, est appelée à jouer un rôle croissant dans la transition énergétique mondiale — à condition que ses acteurs publics et privés continuent de saisir les opportunités qui se présentent.











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