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+20 %/an jusqu’en 2030 : pourquoi l’Afrique va rattraper son retard en stockage batterie

Le rapport AFC 2026 et ses projections BESS

Plus de 20 % de croissance annuelle d’ici 2030. C’est la projection de l’Africa Finance Corporation (AFC) pour le marché du stockage batterie (BESS) couplé au solaire en Afrique, publiée dans son rapport 2026 sur l’état des infrastructures africaines — le ‘State of Africa’s Infrastructure 2026’. Le rapport, diffusé fin avril, fait état d’une dynamique de déploiement que les données terrain commencent à confirmer : en 2024, l’Afrique avait multiplié par 51 sa capacité de stockage par rapport à 2017, passant de 31 MWh à près de 1 600 MWh opérationnels selon les données AFSIA.

L’AFC identifie deux scénarios : un scénario de base (+20 % annuels) et un scénario accéléré (+28 %/an) conditionné à une amélioration significative de l’accès au financement long terme en monnaie locale. Les deux trajectoires font du BESS africain un segment de 10 à 18 GWh d’ici 2030, contre environ 1,6 GWh fin 2024.

Pourquoi le BESS décolle en Afrique : trois moteurs structurels

Premier moteur : la baisse des coûts. Le prix moyen des batteries lithium-ion a chuté de plus de 80 % entre 2015 et 2024 mondialement. En Afrique, ce mouvement se traduit avec un décalage de 18 à 24 mois, mais il se traduit. Sur les marchés à haute irradiation, le LCOE d’un système solaire + BESS 4 heures est désormais compétitif face au diesel pour des projets entre 500 kW et 100 MW.

Deuxième moteur : les grilles défaillantes. Une grande partie de l’Afrique sub-saharienne présente des taux de disponibilité réseau inférieurs à 70 %. Le coût économique de la dépendance diesel est désormais supérieur, dans de nombreux marchés, au coût d’un système solaire + BESS de dimensionnement équivalent.

Troisième moteur : les exigences des utilities et des DFI. Un nombre croissant d’appels d’offres et de négociations de PPA inclut désormais une composante stockage, soit comme obligation contractuelle, soit comme avantage dans l’évaluation. Les utilities préfèrent contractualiser des projets avec garantie de production aux heures de pointe.

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L’Afrique du Sud, marché de référence — et ses limites

L’AFC reconnaît que le marché grid-scale du BESS africain est très concentré : l’Afrique du Sud domine, avec plus des deux tiers de la capacité opérationnelle. Cette concentration reflète des spécificités : marché de l’électricité en cours de libéralisation, secteur privé disposant de capitaux propres, réglementation du wheeling qui a ouvert de nouvelles opportunités pour les CPPA industriels.

Le projet SOLA Naos-1 (300 MW + 660 MWh BESS, financial close février 2026, CPPA avec Sasol et Air Liquide) illustre comment le marché sud-africain permet des montages financiers complexes qui restent difficiles à répliquer ailleurs. Pour le reste du continent, le BESS se développe principalement dans deux formats : mini-réseaux hors-réseau (100 kWh à 5 MWh) et grandes centrales IPP (50 MWh à 4 GWh).

Financement et obstacles : la fracture entre marchés matures et frontières

L’AFC souligne une fracture persistante entre les marchés BESS matures (Afrique du Sud, Égypte, Maroc, Kenya) et les marchés frontières où le stockage reste marginal malgré un besoin évident. Dans les marchés matures, les investisseurs privés financent du BESS en equity ou en dette senior sur des bases commerciales. Dans les marchés frontières (Sahel, Afrique centrale, grande partie de l’Afrique de l’Ouest hors Nigeria), l’accès au financement privé reste conditionné à des garanties publiques.

L’AFC appelle à un déploiement accéléré des mécanismes de blended finance : garanties partielles de risque, instruments de first-loss capital, et plateformes d’agrégation permettant de financer des portefeuilles de petits BESS plutôt que des projets isolés trop petits pour attirer les institutionnels.

Ce que la trajectoire +20 %/an signifie pour les projets en développement

Pour les développeurs de projets solaires actifs en Afrique, la projection AFC formalise une tendance déjà visible dans les pipelines. Ce qui change, c’est la légitimation institutionnelle : l’AFC, dont les membres incluent des États africains souverains et des acteurs bancaires régionaux, valide publiquement une trajectoire que certains bailleurs regardaient encore avec scepticisme.

Plusieurs implications pratiques pour 2026-2028 : les appels d’offres sans BESS vont devenir moins fréquents sur les marchés matures. Les développeurs sans expertise en optimisation BESS vont se retrouver désavantagés. L’Afrique n’est pas en retard sur le BESS — elle est au début d’une courbe d’adoption dont la pente est désormais bien documentée.