fabrication solaire au Nigeria

Nigeria : de 120 à 300 MW de fabrication solaire en deux ans — et sept pays africains qui regardent

La REA annonce +150 % de capacité manufacturière en deux ans

300 MW. C’est la capacité de fabrication solaire de panneaux que le Nigeria a atteinte en 2026, contre 120 MW deux ans plus tôt. Soit une progression de 150 % en 24 mois. Ahmed Aliyu, directeur général de la Rural Electrification Agency (REA), l’a confirmé lors d’une intervention publique la semaine du 22 avril 2026 : le pays ne se contente plus d’importer du solaire, il commence à en produire — et il vise désormais 3,7 GW de capacité installée pour ancrer l’Afrique de l’Ouest comme hub manufacturier continental.

Le Nigeria dispose désormais de plusieurs lignes de production de modules photovoltaïques sur son territoire, dont le complexe industriel de Tranos à Ogun State (800 MW de capacité annoncée). La REA chiffre la capacité effective actuelle à 300 MW — un chiffre qui inclut les lignes en production commerciale, non les projets en développement.

Le potentiel solaire du Nigeria dépasse 4 kWh/m²/jour sur la quasi-totalité du territoire, avec des irradiations bien supérieures à 5 kWh/m²/jour dans les États du nord. L’intérêt industriel pour la fabrication locale est donc structurel, pas anecdotique.

Le programme DARES : 1 350 mini-réseaux, 17,5 millions de Nigérians visés

Derrière la trajectoire manufacturière se cache un programme d’accès à l’énergie d’une ambition rare : DARES (Distributed Access through Renewable Energy Scale-Up). Identifié par plusieurs institutions internationales comme l’une des plus grandes initiatives publiques d’accès à l’énergie renouvelable au monde, DARES vise à connecter 17,5 millions de Nigérians à l’électricité via la livraison de plus de 2,5 millions de connexions domestiques et le déploiement de 1 350 mini-réseaux, dont 250 systèmes interconnectés au réseau national.

La REA finance une partie de ces installations via des subventions directes aux communautés, complétées par des mécanismes de dette de résultats (performance-based finance) adossés à des institutions de développement internationales. L’approche combine développement d’infrastructure et renforcement de filière : les modules solaires utilisés dans les mini-réseaux DARES doivent prioritairement provenir de fabricants locaux ou régionaux.

Les réformes réglementaires mini-réseaux 2026 : jusqu’à 10 MW désormais autorisés

Parallèlement au programme DARES, le Nigerian Electricity Regulatory Commission (NERC) a introduit en 2026 des règles substantiellement révisées pour les mini-réseaux. Les capacités maximales autorisées ont été sensiblement augmentées : les mini-réseaux autonomes peuvent désormais opérer jusqu’à 5 MW, contre 1 MW auparavant. Les systèmes interconnectés peuvent aller jusqu’à 10 MW — un palier qui ouvre la porte à des projets quasi utility-scale.

Le processus de licence a été simplifié et les exigences de conformité environnementale rationalisées. Pour les développeurs actifs en Afrique de l’Ouest, ces modifications abaissent le coût réglementaire de l’entrée sur le marché nigérian.

fabrication solaire au Nigeria

Sept pays africains étudient le modèle nigérian de la fabrication solaire

La REA indique que sept pays africains ont engagé des échanges formels pour étudier la réplication de son approche : Bénin, Burkina Faso, Niger, Tchad, Mauritanie, Mozambique et Maurice. Cette liste est géographiquement hétérogène — Afrique de l’Ouest sahélienne, Afrique de l’Est et Afrique australe — ce qui témoigne d’une attractivité qui dépasse les facteurs régionaux stricts.

Ce que ces sept pays ont en commun : un fort déficit d’accès à l’électricité en zone rurale, une dépendance historique au diesel, et l’absence d’un programme public structuré à l’échelle de DARES.

Un hub régional crédible — mais des défis persistants

L’ambition de 3,7 GW et d’un rôle de hub manufacturier régional repose sur des bases réelles : demande intérieure soutenue, cadre réglementaire amélioré, programme public massif. Mais la chaîne d’approvisionnement reste partiellement importée (cellules PV d’Asie), le réseau de transport national demeure un goulot d’étranglement, et le financement privé des mini-réseaux dans les zones à faible densité économique reste conditionné à des subventions publiques.

Ces réserves mises à part, le Nigeria trace un sillon que d’autres marchés africains n’ont pas encore ouvert : celui d’une industrie solaire nationale capable de produire, de déployer, et d’exporter un modèle.