AMEA Power a annoncé le 11 août 2026 l’énergisation de la centrale solaire photovoltaïque Ituka, à Madi Okollo, dans le district du West Nile au nord-ouest de l’Ouganda. D’une capacité de 24 MWp pour une injection réseau de 20 MWac, l’installation constitue le premier projet solaire de la région et commence à alimenter le réseau national avant sa mise en exploitation commerciale complète.
Le développeur émirati, déjà présent en Égypte avec le projet Abydos II, ajoute ainsi un nouveau marché à son portefeuille est-africain. L’électricité produite sera achetée par la Uganda Electricity Transmission Company Limited (UETCL), l’opérateur public du réseau de transport, dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité (PPA, Power Purchase Agreement) à long terme.
Le West Nile, connecté au réseau interconnecté national en 2024 seulement, dépendait jusqu’ici de solutions isolées ou d’apports limités depuis les régions voisines. L’arrivée d’une capacité de production locale change la donne pour l’équilibrage de la zone.
Une région connectée au réseau depuis deux ans, encore sans production locale
Le raccordement du West Nile au réseau national ougandais remonte à 2024, mettant fin à des décennies de dépendance à des mini-réseaux diesel ou à des importations d’électricité depuis la République démocratique du Congo voisine. Cette connexion a ouvert la voie à des investissements de production locale, jusque-là économiquement difficiles à justifier dans une zone isolée du réseau principal.
Ituka est le premier projet solaire à concrétiser cette opportunité. En injectant 20 MWac directement dans le réseau régional, la centrale réduit la dépendance de la zone aux lignes de transport longue distance depuis Kampala et améliore la stabilité de tension dans une région historiquement sujette aux coupures. Le district de Madi Okollo, où se situe le site, bénéficie d’un ensoleillement élevé toute l’année, un facteur déterminant dans le choix de localisation par AMEA Power.
Un premier projet solaire avec UETCL pour sécuriser les revenus du projet
Le contrat d’achat d’électricité signé avec UETCL suit le schéma classique des projets IPP (Independent Power Producer) en Afrique de l’Est : un acheteur unique, adossé à l’État, garantit un revenu prévisible sur la durée du contrat, ce qui facilite le financement du projet auprès des bailleurs. UETCL joue ce rôle d’acheteur central pour la quasi-totalité des projets de production connectés au réseau ougandais, qu’ils soient hydroélectriques, thermiques ou solaires.
Le montant du financement du projet Ituka n’a pas été communiqué publiquement à ce stade. AMEA Power avait annoncé le lancement des travaux (groundbreaking) du projet avant son énergisation en août 2026, une séquence de développement relativement rapide pour un projet solaire de cette taille en Afrique de l’Est.

Une sous-station de 25 MVA au cœur du dispositif technique
La centrale Ituka s’appuie sur une sous-station de 25 MVA opérant en 132/33 kV, dimensionnée pour absorber la production actuelle tout en anticipant une éventuelle extension de capacité. Cette infrastructure de transformation constitue souvent le poste de coût et de délai le plus critique dans les projets solaires connectés à des réseaux régionaux peu maillés, car elle conditionne la capacité d’évacuation de l’électricité produite.
L’écart entre la capacité crête de 24 MWp et l’injection réseau de 20 MWac illustre un choix de dimensionnement courant dans les projets solaires africains : surdimensionner le champ photovoltaïque par rapport à la capacité de l’onduleur et du poste d’évacuation permet de maximiser la production annuelle, notamment en début et fin de journée, sans nécessiter une sous-station plus coûteuse.
AMEA Power accélère son déploiement est-africain
AMEA Power a construit sa présence continentale à partir de projets phares en Égypte, dont Abydos II, qui doit devenir la plus grande installation solaire et stockage sur un seul site d’Afrique avec 1 GW de capacité PV et 600 MWh de BESS (Battery Energy Storage System). L’entreprise diversifie désormais son empreinte géographique vers l’Afrique de l’Est, où elle dispose d’un nombre plus restreint d’actifs opérationnels.
L’Ouganda représente un marché à fort potentiel pour les développeurs solaires : le pays combine un besoin d’électrification rurale et régionale important avec un cadre réglementaire relativement stable pour les IPP, structuré autour d’UETCL comme acheteur unique. Plusieurs autres développeurs actifs dans la région, dont Renewvia sur les mini-réseaux, ont également renforcé leur présence en Ouganda ces derniers mois.
Ce que Ituka annonce pour le pipeline solaire ougandais
L’énergisation d’Ituka intervient alors que l’Ouganda prépare une révision de sa réglementation solaire, avec une consultation publique ouverte jusqu’au 31 août 2026 portant sur l’intégration des projets connectés au réseau, le stockage par batterie et les options de comptage flexible. Le calendrier de cette consultation, qui coïncide avec la mise en service d’Ituka, suggère que le régulateur ougandais anticipe une multiplication des projets similaires dans les prochaines années.
Pour les régions frontalières comme le West Nile, historiquement à la marge des investissements énergétiques nationaux, Ituka fait figure de test grandeur nature : la capacité du réseau local à absorber une production solaire significative, et la rentabilité du modèle PPA-UETCL dans une zone à faible densité de consommation, seront des indicateurs suivis de près par les développeurs qui envisagent des projets similaires ailleurs dans le pays.










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