solaire basse tension

Tunisie : la STEG autorise le stockage par batteries pour le solaire basse tension, en pleine crise de délestage

La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a publié le 21 juillet 2026 un référentiel technique de 143 pages qui autorise, pour la première fois, l’intégration de systèmes de stockage par batteries (BESS) dans les installations solaire basse tension. Le document est disponible en téléchargement sur le site de l’entreprise et s’adresse aux services techniques internes, aux installateurs agréés et au grand public.

La publication intervient dix jours après le début d’une vague de coupures tournantes qui touche plusieurs gouvernorats tunisiens depuis le 7 juillet 2026, provoquée par une canicule ayant porté la demande électrique à des niveaux records. La coïncidence de calendrier n’est pas anodine : la STEG qualifie elle-même la mesure de « stratégique » pour renforcer le recours aux énergies renouvelables tout en améliorant la résilience des foyers équipés face aux interruptions temporaires.

Ce que le cadre technique autorise concrètement

Le référentiel encadre pour la première fois l’incorporation facultative de systèmes de stockage d’énergie par batterie dans les installations solaires connectées au réseau basse tension. Jusqu’ici, le cadre réglementaire tunisien du photovoltaïque résidentiel (programme Prosol) ne prévoyait pas de disposition technique standardisée pour coupler batteries et onduleurs hybrides sur ce segment de réseau.

Le document précise les conditions de raccordement des onduleurs hybrides, les exigences de sécurité électrique associées au stockage, et les protocoles applicables aux installateurs agréés. Il constitue la référence technique unique pour tout dossier de raccordement impliquant du stockage, remplaçant l’absence de cadre qui prévalait jusqu’à présent et qui limitait de facto le déploiement de solutions de stockage résidentiel à des installations hors réseau ou en autoconsommation pure sans injection.

Une réponse directe à la vague de délestages

Le contexte dans lequel ce référentiel paraît explique en grande partie son calendrier. Depuis le 7 juillet 2026, plusieurs régions tunisiennes subissent des coupures tournantes liées à un pic de demande estivale, la climatisation faisant grimper la consommation électrique à des niveaux inédits dans un réseau déjà sous tension. Pour les ménages équipés de panneaux solaires, l’absence de cadre autorisant le stockage signifiait jusqu’ici que la production photovoltaïque de la journée ne pouvait pas être mobilisée pour compenser une coupure survenant en soirée ou de nuit.

En autorisant le stockage batterie sur les installations basse tension, la STEG ouvre la possibilité, pour les particuliers et petites entreprises déjà raccordés au programme Prosol, de convertir leur production diurne en réserve mobilisable lors des créneaux de délestage. Le gouvernorat de Tunis et les zones industrielles du Grand Tunis, particulièrement exposées aux coupures de cet été, sont les premiers marchés visés par les installateurs du secteur.

solaire basse tension

Ce que ce changement signifie pour le marché résidentiel

Pour la filière solaire tunisienne, ce référentiel lève un obstacle réglementaire qui freinait depuis plusieurs années le développement d’une offre de stockage résidentiel standardisée. Les distributeurs d’onduleurs hybrides et de batteries lithium, jusqu’ici contraints de proposer des montages hors réseau pour contourner l’absence de cadre BT, disposent désormais d’une base technique pour commercialiser des systèmes couplés au réseau STEG.

Le calendrier de mise en œuvre effective — délais d’instruction des dossiers de raccordement, formation des installateurs agréés au nouveau protocole — n’a pas été précisé par la STEG à la publication du référentiel. L’entreprise n’a pas non plus communiqué de données chiffrées sur le nombre d’installations concernées ni sur un objectif de déploiement à moyen terme.

Les questions qui restent ouvertes

Le référentiel reste silencieux sur plusieurs points structurants pour l’industrie : le régime tarifaire applicable à l’électricité stockée puis réinjectée, les seuils de puissance de stockage éligibles, et l’articulation avec le mécanisme de compensation existant pour l’autoconsommation solaire. Ces zones grises devront être clarifiées avant que les installateurs puissent standardiser une offre commerciale à grande échelle.

La crise de délestage de l’été 2026 a par ailleurs relancé le débat public tunisien sur le sous-investissement structurel dans le réseau électrique, un sujet que plusieurs analyses locales ont abordé début août. Le référentiel batterie de la STEG apparaît ainsi comme une mesure d’ajustement rapide, en attendant des décisions plus lourdes sur le financement du réseau national.

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Un signal cohérent avec la trajectoire réglementaire tunisienne récente

Ce référentiel s’inscrit dans une série de décisions prises par la STEG et les autorités tunisiennes depuis le début de l’année 2026 pour élargir le cadre du solaire raccordé. La sixième phase d’autorisation pour les centrales renouvelables, l’ouverture de nouveaux appels d’offres pour 2 300 MW d’éolien et de solaire, et la relance du programme Prosol Économique — qui propose désormais des crédits sur dix ans à 65 000 familles pour l’installation de panneaux solaires résidentiels — dessinent une accélération réglementaire continue sur l’ensemble de la chaîne solaire tunisienne, du grand projet utility-scale jusqu’au toit résidentiel.

Le référentiel batterie complète cette chaîne en s’attaquant spécifiquement au maillon qui manquait : la possibilité de coupler stockage et production résidentielle sur le réseau basse tension. Pour les foyers déjà raccordés via Prosol, cette évolution transforme une installation solaire jusqu’ici purement productrice en un système capable d’arbitrer entre autoconsommation immédiate, injection réseau et réserve mobilisable en cas de coupure — sans changer de statut réglementaire ni de programme de financement.