Quatre projets solaires pour transformer le mix énergétique de Côte d’Ivoire
Le Conseil des ministres ivoirien a approuvé en novembre 2025 quatre décrets portant sur le financement, la construction, la propriété et l’exploitation de quatre centrales solaires photovoltaïques d’une capacité cumulée de 210,3 mégawatts-crête (MWc). Ces projets, implantés dans les régions du Bafing, du Gontougo et du Poro au nord et au centre-ouest du pays, s’inscrivent dans la stratégie nationale de diversification du mix énergétique ivoirien, avec pour objectif d’atteindre 45% d’énergies renouvelables dans la production électrique nationale d’ici 2030, conformément aux objectifs de transition fixés par l’IRENA pour l’Afrique.
Le premier projet est une centrale de 50 MWc à Bondoukou dans la région du Gontougo, développée par AMEA Power, le groupe émirati spécialisé dans les énergies renouvelables en Afrique et au Moyen-Orient. AMEA Power, qui possède déjà le plus grand parc solaire de Tunisie (120 MW à Kairouan), confirme ainsi son ancrage sur le marché ouest-africain. Bondoukou, chef-lieu de région à 450 kilomètres au nord-est d’Abidjan, dispose d’un fort potentiel solaire et d’une connexion directe au réseau haute tension de la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE).
Le programme Scaling Solar de l’IFC : deux centrales solaires dans le Bafing
Les deuxième et troisième projets relèvent du programme Scaling Solar de la Société Financière Internationale (IFC, filiale du Groupe Banque mondiale). Ce programme initié par la Société Financière Internationale (IFC), déployé dans plusieurs pays africains depuis 2015, propose un cadre clé en main aux gouvernements : standardisation des contrats, garanties de paiement et soutien à la mobilisation des financements privés. En Côte d’Ivoire, Scaling Solar porte deux centrales : l’une de 58,6 MWc à Touba dans la région du Bafing, l’autre de 49,7 MWc à Laboa, également dans le Bafing. Ces deux localités du nord-ouest ivoirien, historiquement sous-électrifiées, bénéficieront ainsi d’une production d’énergie propre à proximité immédiate des zones de consommation.
En parallèle, le quatrième projet — Tongon Solar — prévoit la construction de centrales solaires de 52 MWc dans la région du Poro, à M’Bengué, à proximité de la mine d’or de Tongon exploitée par Randgold Resources (désormais Barrick Gold). Ce type de couplage entre solaire industriel et activité minière représente une tendance forte en Afrique subsaharienne : les mines, grosses consommatrices d’électricité, trouvent dans le solaire une solution pour réduire leurs coûts énergétiques et leur empreinte carbone, tandis que les développeurs bénéficient d’un client ancré et solvable.

Un calendrier ambitieux : opérationnel d’ici fin 2027
Ces quatre projets devraient être opérationnels d’ici fin 2027, selon les engagements des promoteurs auprès du gouvernement. Leur mise en service permettra de porter la contribution des centrales solaires dans le mix électrique ivoirien de 42 MW actuellement à plus de 250 MW, une multiplication par six qui traduit l’ambition de la Côte d’Ivoire de rattraper son retard en matière d’énergies renouvelables. À titre de comparaison, le plan gouvernemental prévoit que la capacité solaire totale atteigne 925 MW d’ici 2030, nécessitant des investissements soutenus sur toute la décennie.
Le cadre juridique mis en place par le gouvernement ivoirien pour ces projets est fondé sur des conventions de concession signées avec chaque promoteur. Ce modèle garantit aux développeurs un cadre contractuel stable et prévisible, avec des contrats d’achat d’électricité (PPA) adossés à la CIE comme acheteur unique. La durée des concessions, généralement fixée entre 20 et 25 ans, permet aux investisseurs de sécuriser les flux de revenus nécessaires au remboursement des financements à long terme.
Pourquoi ces centrales solaires ciblent le nord de la Côte d’Ivoire
La géographie de ces quatre projets mérite une attention particulière. Tous sont implantés dans le nord ou le centre-ouest du pays, des régions qui souffrent historiquement d’un sous-investissement en infrastructures énergétiques par rapport aux zones côtières plus développées. En portant la production solaire dans ces régions, le gouvernement cherche à réduire les pertes en ligne liées au transport d’électricité sur de longues distances et à dynamiser le développement économique local, notamment dans le secteur agricole où l’énergie constitue un intrant de production critique.
Par ailleurs, l’implication de la IFC dans deux des quatre projets constitue un signal fort pour le marché des investisseurs. La présence de cette institution de rang AAA réduit significativement le risque perçu par les financeurs commerciaux et permet de mobiliser des capitaux à des conditions plus favorables. Le programme Scaling Solar, grâce à ses garanties de risque politique et de performance, a permis dans plusieurs pays africains (Zambie, Éthiopie, Sénégal) de faire baisser significativement les prix de l’électricité solaire produite en régime de concurrence.
Les défis à surmonter pour tenir le cap d’une transition énergétique réussie
Sur le plan de la compétitivité régionale, la Côte d’Ivoire dispose d’un atout majeur : son réseau électrique interconnecté avec les pays voisins de l’UEMOA et de la CEDEAO. Ce positionnement géographique stratégique lui permet d’envisager non seulement de satisfaire sa demande interne croissante — qui augmente de 8 à 10% par an — mais aussi de développer des capacités d’exportation vers le Ghana, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Un excédent de production solaire serait donc facilement valorisable à l’échelle régionale.
Cependant, des défis subsistent. Le financement final de ces projets reste à boucler pour certains d’entre eux, et les délais de construction peuvent être affectés par des contraintes logistiques locales — transport du matériel, disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée, accès aux sites. La coordination entre les différents acteurs — gouvernement, CIE, promoteurs, financeurs et collectivités locales — est indispensable pour tenir les calendriers annoncés. L’expérience des projets similaires en Afrique de l’Ouest montre que les retards de 12 à 18 mois sont fréquents, même pour des initiatives bien planifiées.
Solar Perspective suivra l’avancement de ces quatre projets avec attention. La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, a les moyens de ses ambitions énergétiques. La réussite de ces centrales solaires (210 MWc) sera un signal décisif pour les investisseurs régionaux et internationaux, et pourrait enclencher un effet d’entraînement sur l’ensemble du marché solaire en Afrique de l’Ouest au cours des prochaines années.










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