inauguration de la centrale solaire Sakai 2

Centrafrique : Global South Utilities inaugure Sakaï 2, centrale solaire de 50 MW à Bimbo

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a inauguré le 12 août 2026 la centrale solaire photovoltaïque de Sakaï 2, à Bimbo, au sud-ouest de Bangui. D’une capacité de 50 MW couplée à un système de stockage par batteries (BESS) de 15 MWh, l’installation est présentée par son développeur, l’émirati Global South Utilities (GSU), comme le plus grand projet d’infrastructure jamais réalisé dans le pays.

Le site compte plus de 80 000 panneaux solaires et 156 onduleurs, pour un investissement total de 90 M$ porté par GSU avec le soutien du Fonds d’Abou Dhabi pour le développement (ADFD). Selon le développeur, la centrale doit permettre d’augmenter de plus de 60 % la capacité nationale de production d’électricité et fournir une alimentation propre à plus de 300 000 foyers.

La cérémonie s’est tenue en présence de hauts responsables gouvernementaux centrafricains et des équipes de GSU. Pour un pays où l’accès à l’électricité reste parmi les plus faibles du continent, Sakaï 2 constitue un test grandeur nature de la capacité d’un projet solaire utility-scale à transformer, à lui seul, la structure du parc de production national.

Une inauguration présidentielle pour le plus grand projet d’infrastructure du pays

Ali Alshimmari, directeur général et président-directeur général de Global South Utilities, a qualifié le projet de réalisation historique pour la République centrafricaine lors de la cérémonie d’inauguration. Le choix des mots n’est pas anodin dans un pays où les grands chantiers d’infrastructure énergétique restent rares, freinés par un contexte sécuritaire durablement compliqué et par la difficulté à mobiliser des financements de long terme.

Le chantier de Sakaï 2 a mobilisé 448 880 heures de travail, un chiffre que GSU met en avant comme un indicateur de la sécurité observée sur site pendant la construction. La présence du président Touadéra à l’inauguration, aux côtés de représentants du gouvernement et des partenaires du projet, souligne l’importance politique accordée à cette installation dans un pays où la production électrique reste très majoritairement hydroélectrique et concentrée sur Bangui.

Un chantier bouclé en dix mois, financé par le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement

Selon Global South Utilities, l’installation a été construite en dix mois, un calendrier resserré pour un projet solaire de cette envergure dans un environnement logistique aussi contraint que celui de la Centrafrique, pays enclavé et confronté à des infrastructures routières limitées. Le financement repose sur un montage concessionnel structuré autour de l’ADFD, dont Ali Alshimmari a explicitement salué le rôle déterminant dans la bouclage du projet.

Le montant total de l’investissement, 90 M$, n’a pas été détaillé par source de financement dans les annonces publiques. Ce type de montage, associant un développeur privé émirati et un bailleur souverain du Golfe, s’inscrit dans une tendance plus large d’investissements des Émirats arabes unis dans les infrastructures énergétiques africaines, aux côtés d’acteurs déjà bien identifiés sur le continent comme AMEA Power ou Masdar.

inauguration de la centrale solaire Sakai 2

Une hausse de plus de 60 % de la capacité de production nationale

L’ampleur de l’impact annoncé par GSU — plus de 60 % d’augmentation de la capacité nationale de production — donne la mesure de l’étroitesse du parc électrique centrafricain avant la mise en service de Sakaï 2. Dans la plupart des grands marchés solaires africains, un projet de 50 MW représente un ajout marginal au mix électrique national ; en Centrafrique, il redessine la structure même du système.

Le réseau électrique du pays reste concentré autour de Bangui et alimenté principalement par l’hydroélectricité de Boali, sujette à des variations saisonnières de débit qui limitent la disponibilité en saison sèche. L’apport d’une capacité solaire significative, complémentaire de l’hydroélectricité existante, contribue à diversifier le mix et à réduire la dépendance du pays à une source unique.

Le stockage par batteries au service de la stabilité du réseau d’ENERCA

Le système de stockage de 15 MWh associé à la centrale est destiné à absorber les variations de production liées à l’intermittence solaire et à restituer de l’électricité en dehors des heures d’ensoleillement, un enjeu particulièrement sensible pour l’Énergie Centrafricaine (ENERCA), l’opérateur public du réseau national. Sur un réseau de taille réduite comme celui de la Centrafrique, l’intégration d’une capacité solaire de 50 MW sans stockage adapté aurait posé un risque significatif de déstabilisation.

Le BESS de Sakaï 2 doit ainsi permettre à ENERCA de lisser l’injection de la production solaire et de sécuriser l’alimentation des zones desservies pendant les pics de demande en soirée, lorsque la production photovoltaïque s’arrête. Cette architecture solaire-plus-stockage, désormais standard dans les nouveaux projets utility-scale africains, prend une dimension particulière sur un réseau isolé de la taille de celui de Bangui.

Global South Utilities, une expansion africaine amorcée au Tchad

Sakaï 2 n’est pas le premier projet africain de Global South Utilities : le développeur émirati avait déjà mené à bien une centrale solaire au Tchad avant de se tourner vers la Centrafrique. L’entreprise revendique désormais une présence sur trois continents — Afrique, Asie centrale et Amérique du Sud — avec une stratégie centrée sur les infrastructures énergétiques combinant renouvelable et stockage dans des marchés africains encore peu couverts par les grands développeurs solaires.

Cette approche distingue GSU des acteurs plus connus du secteur en Afrique, davantage concentrés sur les grands marchés d’Afrique du Sud, d’Égypte ou du Maroc. En misant sur des pays comme le Tchad ou la Centrafrique, où la concurrence entre développeurs reste limitée, l’entreprise se positionne sur des marchés à fort besoin mais à risque perçu élevé, où le financement concessionnel de bailleurs comme l’ADFD joue un rôle déterminant pour rendre les projets bancables.

Ce que Sakaï 2 change pour l’accès à l’électricité en Centrafrique

Au-delà de la seule capacité de production, GSU met en avant un potentiel de plus de 300 000 foyers desservis et une réduction estimée à plus de 50 000 tonnes de CO2 évitées chaque année. Le développeur souligne également les retombées attendues pour la santé, l’éducation et les services publics, des secteurs directement dépendants de la fiabilité de l’alimentation électrique dans un pays où les coupures restent fréquentes.

Pour les acteurs du financement climatique et du développement présents en Afrique centrale, Sakaï 2 illustre la possibilité de mener à bien un projet solaire utility-scale dans un contexte considéré à haut risque, à condition de s’appuyer sur un financement concessionnel solide et un calendrier de construction resserré. Reste à voir si ce modèle sera reproduit ailleurs dans le pays, où les besoins en capacité de production demeurent considérables en dehors de Bangui.