Le Ghana s’apprête à lancer des appels d’offres pour 200 MW de stockage par batterie. Sur le papier, c’est une annonce technique. Dans les faits, c’est un signal clair que le pays a tiré les leçons d’une décennie de développement solaire insuffisamment accompagné.
Pendant trop longtemps, le réseau ghanéen a grandi d’un côté — panneaux, centrales solaires, raccordements — sans que l’autre côté suive : la flexibilité. Résultat ? Une capacité de stockage estimée à 10 MWh installés pour un pays de 35 millions d’habitants. Autant dire zéro.

Le stockage par batterie est nécessaire
Le Ghana n’a pas raté la vague solaire. Avec environ 112 MW installés à grande échelle, le pays a pris position. Mais intégrer du photovoltaïque dans un réseau sans stockage, c’est construire un barrage sans vanne : l’énergie produite à midi doit partir quelque part, faute de quoi elle est gaspillée ou déstabilise le système. Le soir, quand la demande monte, les centrales thermiques reprennent la main. Le cycle est coûteux, polluant, et fragile — surtout dans un pays où les aléas climatiques font varier la production hydroélectrique d’une année à l’autre.
Les 200 MW de batteries visent à casser ce cycle. Stocker le surplus solaire de la journée pour le réinjecter en soirée, lisser les pics, stabiliser la fréquence du réseau. Des choses basiques, mais que peu de pays ouest-africains ont encore institutionnalisé à cette échelle.

Des appels d’offres plutôt qu’une régie d’État
Le gouvernement a opté pour des appels d’offres compétitifs, en faisant le pari que la concurrence fera baisser les coûts et accélérera l’exécution. Ce n’est pas un choix neutre. C’est le modèle qui a fait ses preuves au Maroc, en Afrique du Sud, en Égypte — et qui reste encore sous-utilisé en Afrique de l’Ouest. Pour les développeurs et les fournisseurs de technologies actifs sur le continent, c’est une fenêtre à surveiller.
Un marché qui part de très bas, mais c’est précisément là l’intérêt
10 MWh aujourd’hui, 200 MW demain. L’écart est tel qu’il oblige à tout construire : le cadre réglementaire, les mécanismes de financement, les compétences locales. Ce n’est pas un désavantage — c’est une page blanche. Les pays qui ont structuré leur marché du stockage tôt ont pu définir leurs règles. Le Ghana en a maintenant l’occasion.
L’initiative s’inscrit dans une stratégie solaire plus large : 137 MW de systèmes en toiture, un projet de 200 MW dans le Grand Accra, un fonds d’investissement dédié aux renouvelables. Le stockage n’est pas une pièce rajoutée après coup — il en est désormais la colonne vertébrale.
Ce que ça dit du continent
Le Ghana n’est pas seul dans cette dynamique. Le Sénégal a inauguré début 2026 sa centrale solaire Walo Storage — 16 MWc couplés à 20 MWh de batteries lithium-ion. Le Maroc a intégré 2 500 MW de stockage dans son plan d’équipement. L’Afrique du Sud déploie des batteries à grande échelle depuis deux ans. La tendance est là, elle s’accélère.
Ce qui change avec l’annonce ghanéenne, c’est qu’elle vient d’un pays ouest-africain de taille intermédiaire, sans les ressources pétrolières qui financent parfois ces transitions ailleurs. C’est peut-être ça, le signal le plus intéressant.











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