40 millions de dollars. C’est la mise initiale d’ILX Management BV dans la première transaction conjointe que la Banque africaine de développement (BAD) et ce gestionnaire néerlandais ont finalisée en avril 2026. La cible: un projet éolien de 1,1 gigawatt développé par ACWA Power et Hassan Allam Utilities dans la zone de Suez, en Égypte. Cette transaction ouvre une voie inédite pour faire entrer le capital institutionnel européen — notamment les fonds de pension — dans le financement de la dette des projets d’énergies renouvelables africains.
La transaction BAD-ILX : 40 M$ et un précédent pour le financement ENR africain
La structure de la transaction est la suivante : la BAD a monté une facilité de dette senior de 140 millions de dollars pour le projet Suez 1,1 GW. ILX Management a apporté 40 millions de dollars de cette facilité sous forme de participation en risque (funded risk participation), partageant le risque de crédit de la BAD sur cette tranche en échange d’un rendement aligné sur le profil d’une obligation souveraine de qualité supérieure.
Ce mécanisme permet à ILX — et aux investisseurs institutionnels qu’il représente — d’accéder à un actif ENR africain avec le bénéfice implicite du statut de créancier privilégié de la BAD, réduisant ainsi le risque perçu qui freine normalement l’entrée des fonds de pension occidentaux sur les marchés africains.
C’est la première fois que cet accord de partenariat — signé avec ILX en 2023 — aboutit à une transaction complète. L’OPEC Fund for International Development a également participé au financement du projet Suez 1,1 GW, à hauteur de 30 millions de dollars.
Suez 1,1 GW : le plus grand projet éolien en cours de développement en Afrique
Le projet Suez 1,1 GW est développé par Suez Wind Energy SAE, entité créée conjointement par ACWA Power (Arabie saoudite) et Hassan Allam Utilities (Égypte). Il est localisé dans la zone de Gabal el Zeit, sur la côte ouest du golfe de Suez — l’une des zones de vent les plus favorables d’Afrique du Nord, avec des vitesses moyennes dépassant 9 m/s à 100 mètres d’altitude.
Avec 1,1 GW de capacité installée, ce projet est, à date de publication, le plus grand projet éolien en développement actif sur le continent africain, selon les données de l’IRENA. Il s’inscrit dans la continuité du Parc éolien de Gabal el Zeit (200 MW, opérationnel depuis 2015), qui a établi la viabilité technique de ce corridor de vent.
La BAD a obtenu le prix ‘Infrastructure Deal of the Year’ des African Banker Awards 2025 pour ce projet, reconnaissant la complexité du montage financier.
ILX Management et les fonds de pension néerlandais : un modèle reproductible
ILX Management BV est un gestionnaire d’actifs néerlandais spécialisé dans la dette privée des marchés émergents. Son fonds ILX Fund I a reçu des engagements de 1,05 milliard de dollars de la part d’APG Asset Management (qui gère les actifs du fonds de pension ABP, environ 500 milliards d’euros) et d’Achmea Investment Management.
Ces fonds de pension investissent dans ILX Fund I dans le cadre de leur stratégie d’allocation aux marchés émergents et aux actifs d’impact. Le mécanisme de co-financement avec la BAD leur permet d’accéder à ces actifs avec un profil de risque plus proche de celui des obligations d’État que de la dette privée classique des marchés émergents.
Pour l’Afrique, le potentiel est considérable : APG gère à lui seul plus de 400 milliards d’euros d’actifs. Si une partie infime de ces fonds s’alloue à la dette ENR africaine via ce mécanisme de co-investissement avec des DFI, les volumes mobilisables dépasseraient de loin les capacités actuelles des institutions de développement seules.

Le contexte énergétique égyptien : objectifs ambitieux, besoin de financement massif
L’Égypte est le plus grand marché d’énergies renouvelables d’Afrique en termes de capacité installée, avec environ 10 GW d’ENR opérationnels à début 2026 selon les données de l’IRENA. Le gouvernement a fixé un objectif de 42 % d’ENR dans le mix électrique d’ici 2030, dans le cadre de sa Stratégie Intégrée et Durable pour l’Énergie.
Pour atteindre cet objectif, l’Égypte prévoit d’ajouter 2 500 MW de capacité renouvelable à son réseau en 2026, dont 3 000 MW solaires et 600 MW de stockage BESS avant l’été, selon le ministère de l’Électricité. Le projet Suez 1,1 GW éolien s’inscrit dans ce programme d’accélération, aux côtés d’Abydos II (AMEA Power/Kyuden, 1 GW + 600 MWh BESS).
Implications pour la mobilisation du capital privé européen en Afrique
La transaction BAD-ILX sur Suez 1,1 GW n’est pas seulement une opération de financement de projet : c’est un test grandeur réelle d’un modèle qui pourrait résoudre l’une des équations les plus complexes du financement ENR africain — le fossé entre l’abondance du capital institutionnel européen et la réticence à l’investir sur des marchés perçus comme risqués.
Si ILX Fund I démontre des performances conformes aux projections sur les cinq prochaines années, APG et Achmea auront la preuve opérationnelle nécessaire pour augmenter significativement leurs allocations. Pour les développeurs ENR actifs en Afrique, le signal est clair : un nouveau canal de financement institutionnel s’ouvre, avec un appétit potentiel de plusieurs milliards d’euros.











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