L’Agence nigériane d’électrification rurale (REA, Rural Electrification Agency) a lancé ce week-end la construction d’un réseau de quatre mini-réseaux solaires interconnectés, d’une capacité totale de 16 MW, dans l’État de Gombe, au nord-est du Nigeria. Dans le même déplacement, le ministre de l’Électricité Joseph Tegbe et le gouverneur Inuwa Yahaya ont mis en service un mini-réseau solaire de 1 MW à Tallasse, dans la zone de gouvernement local de Balanga.
À Tallasse, le mini-réseau est associé à un système de stockage par batteries (BESS, Battery Energy Storage System) de 2,4 MWh. Il dessert 6 028 raccordements, et met fin à 17 ans sans électricité fiable pour cette localité. Les quatre mini-réseaux en cours de lancement alimenteront Dukku, Bajoga, Kumo et Kaltungo.
Ces projets relèvent du programme DARES (Distributed Access through Renewable Energy Scale-up), le principal vecteur fédéral de financement de l’électrification décentralisée au Nigeria. L’actualité de Gombe fournit un exemple concret de ce que ce programme produit sur le terrain, avec une séquence rapprochée entre une mise en service et un démarrage de chantier.
1. Deux annonces le même week-end dans l’État de Gombe
Le périmètre exact des annonces demande une lecture attentive, car les deux sources consultées ne donnent pas les mêmes totaux. This Day parle d’un lancement de 16 MW répartis sur quatre mini-réseaux interconnectés, plus 1 MW déjà installé à Tallasse. Voice of Nigeria évoque 17 MW cumulés sur quatre zones de gouvernement local, dont 4 MW pour les mini-réseaux interconnectés prévus ailleurs, et précise que les projets de Filiya et de Gelengu sont achevés à 90 %.
L’écart entre 16 et 17 MW s’explique peut-être par l’addition du mégawatt de Tallasse, mais aucune des deux sources ne le dit explicitement.
Voice of Nigeria identifie le développeur du site de Tallasse : Mids Dynamic Ltd, en partenariat avec le gouvernement fédéral, l’État de Gombe et la Banque mondiale. This Day mentionne de son côté un développeur privé sans le nommer.
2. Tallasse : 1 MW, 2,4 MWh et des usages productifs
Le mini-réseau de Tallasse associe 1 MW de solaire à 2,4 MWh de batteries. Le ratio de stockage, d’un peu plus de deux heures à pleine puissance, permet de décaler une partie de la production de la journée vers la soirée, période où la demande résidentielle atteint son pic. Les sources ne précisent ni le fournisseur des batteries ni la chimie retenue.
Le site alimente des activités de transformation agricole : pressage d’huile d’arachide, décorticage du riz, mouture de farine et tricycles électriques. Le gouverneur a indiqué que des machines (rizeries, moulins électriques, presses à huile d’arachide) seraient vendues aux bénéficiaires à des prix préférentiels, avec des objectifs affichés d’entrepreneuriat et de création d’emplois.
Ce volet d’usages productifs est déterminant pour la viabilité économique d’un mini-réseau. Une charge diurne régulière, comme un moulin ou une presse, absorbe l’énergie solaire au moment où elle est produite et améliore le taux d’utilisation de l’installation. Le directeur général de la REA, Abba Aliyu, a d’ailleurs déclaré que l’agence mesure désormais son succès aux retombées économiques des communautés, plutôt qu’au nombre de raccordements ou de mégawatts installés.

3. Quatre mini-réseaux solaires interconnectés pour 16 MW
Le groupe de Dukku, Bajoga, Kumo et Kaltungo repose sur l’interconnexion de quatre mini-réseaux. Ce schéma permet de mutualiser la production et le stockage entre localités voisines, et de réduire la dépendance à un seul site en cas de panne ou de variation d’ensoleillement. Il rapproche ces installations d’une logique de micro-réseau régional plutôt que d’îlots isolés.
La capacité annoncée, 16 MW, place ce groupe bien au-dessus du mini-réseau classique, dont la taille se mesure plus souvent en dizaines ou centaines de kilowatts. Le calendrier de construction, la répartition entre solaire et stockage et le nom du développeur ou de l’entreprise EPC ne figurent pas dans les sources. Ces informations seront à suivre dans les prochaines communications de la REA.
Le gouvernement de Gombe affirme par ailleurs vouloir étendre le programme à 80 communautés. L’État a créé la Gombe State Electricity Regulatory Commission et la Gombe Electricity Company Limited, en application de l’Electricity Act 2023, qui transfère aux États une part des compétences de régulation du secteur.
4. DARES, le cadre financier derrière ces projets
Selon le directeur général de la REA, le gouvernement fédéral a approuvé 750 M$ pour l’accès à l’électricité dans plus de 30 communautés à travers le pays, un chiffre rapporté par Voice of Nigeria. DARES couvre les mini-réseaux, la production embarquée chez de gros consommateurs, les systèmes solaires domestiques, ainsi que l’alimentation dédiée des universités, des marchés et des pôles agricoles, d’après This Day.
La Banque mondiale apparaît comme partenaire du site de Tallasse, d’après Voice of Nigeria. Les articles de Gombe ne détaillent ni la part de subvention, ni les conditions de décaissement versées aux développeurs, ni le calendrier de l’enveloppe de 750 M$ : ces éléments devront être confirmés auprès de la REA.
5. Points de vigilance et mise en perspective
Plusieurs données manquent pour évaluer l’économie de ces projets : coût d’investissement, tarif payé par les ménages, taux de recouvrement, nombre de machines productives effectivement installées. Le ministre Tegbe a lui-même appelé les habitants à protéger les installations contre le vandalisme, ce qui rappelle que la sécurité des sites fait partie du risque d’exploitation d’un mini-réseau.
Du point de vue du marché, deux éléments ressortent. D’abord, la taille : un groupe de mini-réseaux de 16 MW dans un seul État dépasse l’échelle habituelle du segment et rapproche le modèle du développement de centrales décentralisées. Ensuite, l’intégration de batteries dès la première réalisation de 1 MW à Tallasse, avec 2,4 MWh, montre que le stockage devient un composant standard des nouveaux sites, et non une option.
Les observateurs suivront la réalisation du calendrier annoncé pour Filiya et Gelengu, la désignation des constructeurs des quatre mini-réseaux interconnectés et le niveau de décaissement effectif de l’enveloppe de 750 M$ pour les autres États.











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