La Lesotho Highlands Development Authority (LHDA) a lancé un appel à consultants pour conduire une étude de faisabilité sur le développement d’un projet solaire flottant sur les réservoirs de Katse et de Mohale, deux infrastructures majeures du Lesotho Highlands Water Project. L’étude doit examiner la viabilité technique, économique, financière, environnementale et sociale de projets dont la capacité pourrait s’échelonner entre 50 et 400 MW.
Le coût préliminaire de l’ensemble du projet est estimé à environ 4,9 milliards de rands sud-africains, soit près de 270 millions de dollars. Ce chiffre reste indicatif à ce stade : il correspond à une estimation de cadrage destinée à orienter l’étude de faisabilité, non à un budget d’investissement arrêté.
Pour le Lesotho, pays enclavé dont l’essentiel du territoire est montagneux, ce projet marque une entrée dans le solaire à une échelle inédite. Le petit royaume, historiquement identifié à son potentiel hydroélectrique et à son rôle d’exportateur d’eau vers l’Afrique du Sud, n’a jusqu’ici pas figuré dans les développements solaires utility-scale suivis sur le continent.
Katse et Mohale : deux réservoirs du Lesotho Highlands Water Project à l’étude
Les réservoirs de Katse et de Mohale comptent parmi les plans d’eau les plus importants du pays. Ils s’inscrivent dans le Lesotho Highlands Water Project, une initiative bilatérale majeure entre le Lesotho et l’Afrique du Sud, dont l’objet initial est le transfert d’eau vers la province sud-africaine du Gauteng en échange de redevances qui constituent une source de revenus significative pour l’État lesothan.
Superposer une capacité solaire flottante à cette infrastructure hydraulique existante permet d’éviter l’un des obstacles habituels au développement solaire au sol dans un pays montagneux à foncier limité : la disponibilité de terrains plats, accessibles et non affectés à l’agriculture. Les deux réservoirs offrent une surface d’eau stable et déjà connectée, via les barrages associés, à une partie de l’infrastructure électrique existante.

Un projet à fourchette large, de 50 à 400 MW
La fourchette de capacité envisagée par la LHDA — de 50 à 400 MW — est large, ce qui reflète le caractère encore exploratoire du projet. L’étude de faisabilité doit précisément permettre de resserrer cette fourchette en fonction des contraintes techniques réelles des deux sites : profondeur et morphologie des réservoirs, capacité de raccordement au réseau électrique national, impact sur la gestion hydraulique du barrage et demande électrique nationale et régionale susceptible d’absorber une telle capacité.
À l’extrémité haute de cette fourchette, un projet de 400 MW représenterait une capacité considérable pour un pays dont la consommation électrique totale s’élevait à 970 GWh en 2024 — un ordre de grandeur qui suggère qu’une partie significative de la production, si le projet se concrétise à cette échelle, serait vraisemblablement destinée à l’exportation vers le marché régional sud-africain, dans la continuité du modèle déjà établi pour l’eau.
Le calendrier : consultants, étude, puis décision d’investissement
Le calendrier fixé par la LHDA prévoyait une date limite de dépôt des propositions au 29 juin 2026, avec une attribution du contrat de consultance envisagée fin août 2026 et un démarrage des travaux d’étude début octobre 2026. La mission confiée au consultant retenu est estimée à environ huit mois, dans le cadre du référentiel de passation de marchés de la LHDA.
À la date de publication de cet article, aucune annonce publique d’attribution du contrat de consultance n’a été identifiée. Le projet reste donc, à ce stade, au stade de l’étude de faisabilité — une étape préalable à toute décision d’investissement, qui doit encore être suivie d’un montage financier et, le cas échéant, d’un appel d’offres pour la construction elle-même.
Pourquoi le Lesotho regarde vers le solaire flottant
Le Lesotho importe aujourd’hui près de la moitié de l’électricité qu’il consomme : sur les 970 GWh consommés en 2024, 438 GWh provenaient d’importations, principalement en provenance d’Afrique du Sud et du Mozambique. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix régionaux de l’électricité et aux contraintes d’approvisionnement de ses voisins, en particulier l’Afrique du Sud, elle-même confrontée par le passé à des périodes de délestage.
Le développement d’une capacité solaire domestique, même partielle par rapport aux 400 MW à l’étude, réduirait cette dépendance et diversifierait un mix électrique aujourd’hui presque entièrement hydroélectrique. Pour un pays dont la géographie montagneuse limite les options de développement solaire au sol à grande échelle, la solution flottante sur des réservoirs déjà exploités représente une option particulièrement adaptée au contexte national.
Le double bénéfice du flottant : électricité et préservation de l’eau
Au-delà de la production électrique, les installations solaires flottantes offrent un bénéfice secondaire directement pertinent pour le Lesotho Highlands Water Project : la réduction de l’évaporation des réservoirs. En couvrant une partie de la surface d’eau, les panneaux limitent l’exposition directe au soleil et au vent, deux facteurs majeurs d’évaporation dans les grands plans d’eau de barrage.
Cette eau préservée peut ensuite être mobilisée pour maintenir la production hydroélectrique pendant les périodes de faible pluviométrie, un enjeu croissant pour l’ensemble de la région sud-africaine confrontée à une variabilité climatique accrue. Pour la LHDA, dont la mission première reste la gestion de la ressource en eau destinée à l’exportation vers le Gauteng, cet argument de préservation pourrait peser autant que la production électrique elle-même dans la décision finale d’investissement.
Ce que ce projet représente pour un marché solaire encore embryonnaire
Le Lesotho ne dispose aujourd’hui d’aucun projet solaire utility-scale opérationnel comparable à ceux suivis dans les marchés voisins d’Afrique australe. L’annonce de cette étude de faisabilité, même à un stade précoce et sans garantie de concrétisation à l’échelle des 400 MW évoqués, positionne le pays comme un marché à surveiller pour les développeurs et bailleurs actifs dans la région, en particulier ceux déjà présents sur les projets hydroélectriques et hydrauliques transfrontaliers avec l’Afrique du Sud.
La prochaine étape déterminante sera l’attribution du contrat de consultance et la publication du calendrier détaillé de l’étude. C’est à ce moment que le projet passera du statut d’intention politique à celui de projet réellement engagé — une distinction que Solar Perspective continuera de suivre pour ce premier dossier lesothan.











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