Le rapport d’exécution et de résultats (EER) de juillet 2026, publié le 20 août par la Banque africaine de développement (BAD), fait le point sur le projet Yeleen au Burkina Faso : quatre centrales solaires totalisant environ 50 MWc, pour un coût global de 141,6 millions d’euros. Le financement associe l’Agence française de développement (AFD), la BAD, l’Union européenne, SONABEL et l’État burkinabè. Le projet illustre la poursuite du développement solaire dans un pays où l’instabilité sécuritaire complique l’exécution des grands chantiers d’infrastructure.
Porté par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yeleen s’inscrit dans l’initiative continentale Desert to Power de la BAD, qui vise à faire du Sahel la plus grande zone de production solaire au monde. Le projet combine production centralisée, renforcement du réseau de distribution et accès décentralisé — une architecture qui reflète la diversité des besoins électriques burkinabè, entre capitale, villes secondaires et zones rurales.
Un rapport d’avancement qui chiffre le projet Yeleen
Le document publié par la BAD détaille la répartition des quatre centrales solaires du projet : 42 MWc à proximité de Ouagadougou, raccordés à une ligne 90 kV, ainsi que trois installations plus modestes dans les villes régionales de Dori (6 MWc), Diapaga (2 MWc) et Gaoua (1 MWc). Cette répartition géographique cible des chefs-lieux régionaux plutôt que la seule capitale, avec l’objectif de réduire la dépendance aux groupes électrogènes diesel qui alimentent aujourd’hui une partie de ces localités.
Le rapport précise également qu’un système de stockage par batteries d’au moins 10 MW et 8 MWh accompagnera la production solaire, afin de faciliter son intégration au réseau national sans déstabiliser la fréquence — un enjeu classique pour les réseaux ouest-africains de taille modeste, où la part du solaire dans le mix reste encore limitée.
Quatre centrales, une architecture de financement à cinq bailleurs
Le montage financier de Yeleen répartit les 141,6 millions d’euros entre cinq contributeurs. L’AFD porte la part la plus importante avec 53 % du financement, sous la forme d’un prêt de 45,9 milliards FCFA et d’une subvention de 3,28 milliards FCFA, soit environ 49,18 milliards FCFA (75 M€) au total. La BAD apporte 34 % du financement, l’Union européenne 6 %, tandis que SONABEL (Société nationale burkinabè d’électricité) et l’État burkinabè complètent le montage à hauteur de 4 % et 3 % respectivement.
Cette structuration à cinq bailleurs, avec une part de dons non négligeable, reflète le profil de risque du Burkina Faso : dans un contexte où l’accès aux financements commerciaux classiques reste difficile pour les infrastructures énergétiques, les concours concessionnels des bailleurs bilatéraux et multilatéraux restent le principal levier de développement solaire à grande échelle.

Un volet réseau aussi important que le volet production
Au-delà des centrales elles-mêmes, le projet Yeleen comprend un important volet de renforcement du réseau électrique : 5 000 kilomètres de lignes moyenne tension, 2 000 kilomètres de lignes basse tension et 2 500 installations d’éclairage public sont prévus dans le périmètre global du programme. Ce choix traduit une approche intégrée, où la production solaire ne sert à rien sans une capacité de transport et de distribution suffisante pour l’acheminer jusqu’aux consommateurs.
Le programme prévoit aussi le développement de solutions décentralisées — mini-réseaux et kits solaires individuels — pour les zones rurales les plus isolées, notamment celles où l’insécurité limite l’extension physique du réseau national. Cette dimension hors réseau complète les centrales connectées et permet au projet de toucher des localités qu’un raccordement classique n’atteindrait pas dans des délais raisonnables.
SONABEL et l’État burkinabè, parties prenantes minoritaires mais engagées
La participation de SONABEL, même limitée à 4 % du financement, signale l’implication directe de l’opérateur national dans un projet structurant pour son parc de production. L’entreprise publique, confrontée depuis plusieurs années à un déficit chronique de capacité et à une dépendance aux importations d’électricité et aux centrales thermiques coûteuses, voit dans Yeleen une occasion de diversifier son mix de production à moindre coût marginal, le solaire photovoltaïque restant la source la moins chère à installer dans la zone sahélienne.
L’apport, certes minoritaire, de l’État burkinabè traduit également une volonté politique de coporter le projet plutôt que de le laisser entièrement financé par des bailleurs extérieurs — un signal utile pour la crédibilité du programme auprès des partenaires techniques et financiers appelés à intervenir dans les phases ultérieures.
Ce que Yeleen dit du financement solaire dans un contexte sécuritaire dégradé
Le maintien d’un projet solaire multi-sites au Burkina Faso, pays confronté depuis plusieurs années à une crise sécuritaire affectant une partie significative de son territoire, mérite d’être souligné. Les sites retenus — Ouagadougou, Dori, Diapaga, Gaoua — couvrent des zones aux profils sécuritaires très différents, ce qui implique des contraintes d’exécution variables selon les régions.
Ce rapport d’avancement, en publiant des données chiffrées précises sur l’état du projet, offre une visibilité rare sur la manière dont les bailleurs multilatéraux continuent d’opérer dans un pays sous tension. Le projet Yeleen vient s’ajouter à d’autres initiatives solaires déjà financées au Burkina Faso, comme la centrale de Dédougou (18 MW), et confirme que le pays reste une destination active pour les financements du secteur, malgré un contexte qui aurait pu justifier un retrait des bailleurs internationaux.










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