Le Zimbabwe a publié, le 13 août 2026, son National Energy Compact dans le cadre de Mission 300, l’initiative conjointe de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) visant à raccorder 300 millions de personnes à l’électricité en Afrique d’ici 2030 grâce aux énergies renouvelables. Le document fixe pour le pays un objectif précis : porter la capacité renouvelable installée de 1 282 MW en 2024 à 2 640 MW d’ici 2030, soit 48,6 % de la production totale projetée.
Ce compact national s’ajoute aux nombreux projets solaires déjà en développement au Zimbabwe; dont le parc flottant de 600 MW sur le lac Kariba, actuellement en phase de financement; mais s’en distingue par sa nature : il ne s’agit pas d’un projet unique, mais d’un cadre stratégique qui définit les objectifs, les besoins de financement et les priorités réglementaires de la politique énergétique nationale jusqu’à la fin de la décennie.
Un compact énergétique national, pas un projet
Mission 300 repose sur un principe simple : chaque pays participant élabore son propre « National Energy Compact », document qui engage le gouvernement sur des cibles chiffrées d’accès à l’électricité et de mix énergétique, en échange d’un accompagnement technique et financier coordonné entre la Banque mondiale, la BAD et d’autres partenaires au développement. Le Zimbabwe rejoint ainsi une liste croissante de pays africains — dont plusieurs voisins d’Afrique australe — ayant formalisé ce type d’engagement au cours de l’année 2026.
Le compact zimbabwéen fixe un objectif d’accès universel articulé autour de deux canaux : le raccordement au réseau national et les solutions hors réseau. Le gouvernement s’engage à connecter 520 000 foyers par an d’ici 2030, dont 320 000 via extension du réseau et 200 000 via des solutions décentralisées; une répartition qui reconnaît explicitement les limites de l’extension physique du réseau dans les zones rurales et périurbaines les moins denses.

De 1 282 MW à 2 640 MW : le doublement programmé des renouvelables
L’objectif central du compact consiste à plus que doubler la capacité renouvelable installée du pays en six ans. Le document précise que la part des renouvelables hors grande hydroélectricité devra passer de 7,8 % à 29 % du mix énergétique national d’ici 2030 — un changement d’échelle qui implique un rythme de déploiement solaire et éolien nettement supérieur à celui observé jusqu’ici.
Le compact fixe également une cible de 100 MW de capacité en autoconsommation avec injection sur le réseau (net metering) d’ici 2030, un segment aujourd’hui marginal mais appelé à se développer avec la baisse continue du coût des installations solaires commerciales et industrielles. Cette cible rejoint une tendance déjà documentée ailleurs sur le continent, où les entreprises minières et industrielles zimbabwéennes — à l’image du projet solaire de la mine d’or d’Eureka ou du programme de Zimplats — investissent directement dans leur propre capacité de production pour réduire leur dépendance au réseau national.
3,4 milliards de dollars pour l’accès universel à l’électricité
Le compact chiffre à 3,397 milliards de dollars le besoin de financement total pour atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, soit une moyenne de 566 millions de dollars par an. Ce montant couvre à la fois l’extension du réseau, les solutions décentralisées et le renforcement de la capacité de production, renouvelable et conventionnelle confondue.
Un tel niveau d’investissement annuel dépasse largement ce que le Zimbabwe a mobilisé ces dernières années pour son secteur électrique, ce qui place le compact davantage comme un objectif de mobilisation de financements extérieurs — bailleurs multilatéraux, investisseurs privés, partenariats public-privé — que comme un plan de dépense entièrement financé à ce stade. La publication du document vise précisément à structurer cette recherche de financements en donnant aux investisseurs une feuille de route claire et validée par les institutions multilatérales partenaires.
Le solaire hors réseau, solution désignée face aux contraintes du réseau
Le compact identifie explicitement le solaire hors réseau comme une réponse structurelle aux limites du réseau national zimbabwéen, dont la fiabilité reste affectée par des contraintes de capacité de production et de vétusté des infrastructures de transport. Pour les foyers ruraux, les communautés périurbaines et les équipements publics — écoles, centres de santé — les solutions décentralisées sont présentées non comme un pis-aller temporaire, mais comme une composante permanente de la stratégie d’accès du pays.
Cette orientation rejoint les choix opérés par d’autres pays de la région ayant publié leur propre compact Mission 300, où le solaire distribué occupe une place croissante face à des réseaux nationaux dont l’extension physique reste coûteuse et lente dans les zones à faible densité de population.
Ce que Mission 300 change pour le pipeline de projets zimbabwéen
Pour les développeurs et investisseurs actifs au Zimbabwe, la publication de ce compact constitue un signal de priorisation politique plutôt qu’une source de financement immédiate. Elle confirme que le gouvernement zimbabwéen place le renouvelable, et le solaire en particulier, au centre de sa stratégie énergétique de moyen terme — un contexte favorable à l’accélération de projets déjà engagés, comme le parc flottant de Kariba, dont la finalisation du financement reste annoncée pour la fin de l’année 2026.
En articulant objectifs chiffrés, besoins de financement explicites et reconnaissance du rôle du hors réseau, le National Energy Compact du Zimbabwe fournit aux acteurs du secteur un cadre de référence commun — un outil que la multiplication des projets solaires individuels, aussi nombreux soient-ils, ne pouvait à elle seule offrir.










Leave a Reply