Jet Energy, spécialiste marocain de l’ingénierie photovoltaïque et des infrastructures électriques, ouvre le 2 novembre 2026 la souscription en Bourse de Casablanca. L’opération, réalisée intégralement par augmentation de capital, vise entre 328,1 et 375,4 millions de dirhams (MDH), selon un prix par action fixé dans une fourchette de 125 à 143 dirhams. La période de souscription court du 2 au 5 novembre, avec une clôture à 15 h 30 le dernier jour.
L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a délivré son visa le 21 octobre 2026, sous la référence VI/EM/030/2026. Red Med Corporate Finance agit comme conseiller financier et coordinateur global. La société, filiale de Jet Contractors, a été fondée en 2012.
1. Les termes de l’opération
Il s’agit d’une offre à prix ouvert : le prix définitif sera fixé à l’intérieur de la fourchette de 125 à 143 dirhams par action. À l’extrémité haute, l’opération atteint 375,4 MDH, soit environ 38,1 millions de dollars ; à l’extrémité basse, 328,1 MDH, soit environ 33,3 millions de dollars. Comme l’opération consiste en une augmentation de capital en numéraire, les fonds levés reviennent directement à Jet Energy, sans cession d’actions par des actionnaires existants.
Plusieurs médias marocains ont décrit lq souscription en Bourse comme se faisant à un prix décoté, une pratique courante pour attirer les souscripteurs d’une première cotation. Les articles consultés ne donnent pas la décote exacte, ni la date de première cotation, ni la répartition du capital après l’opération. Ces éléments figurent dans la note d’information visée par l’AMMC, disponible auprès de la société, du syndicat de placement et de la Bourse de Casablanca.
2. Un installateur qui a déjà posé 330 MWc
Jet Energy couvre toute la chaîne d’un projet solaire : études, construction, exploitation et maintenance, de l’ingénierie à l’exploitation. Selon la note d’information relayée par la presse, la société a installé plus de 330 mégawatts-crête de puissance photovoltaïque cumulée et réalisé 125 MWh de capacité de stockage par batteries.
Jet Energy se présente comme un acteur d’ingénierie et de construction plutôt que comme un producteur indépendant (IPP, Independent Power Producer). Les documents consultés ne détaillent pas la part de la puissance installée destinée à l’autoconsommation industrielle et celle destinée à des centrales raccordées au réseau.
Le chiffre de 125 MWh de stockage mérite attention : il s’agit d’une capacité modeste face à l’ensemble de la flotte photovoltaïque, mais qui indique que l’entreprise a déjà une expérience dans les batteries, un segment que le Maroc commence à ouvrir avec les projets de Masen.

3. Le carnet de commandes et les objectifs 2030
Le carnet de commandes s’élevait à 1,5 milliard de dirhams à fin juin 2026, ce qui couvre l’essentiel de 2026 et 2027 et une partie de 2028, selon la présentation de l’opération. Cette visibilité de revenus constitue l’argument principal de l’émetteur : un installateur dont le carnet couvre plus de deux ans s’expose moins aux à-coups de la demande.
La direction vise à l’horizon 2030 un chiffre d’affaires d’environ 1,1 milliard de dirhams et un EBITDA (résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements) de 300 millions de dirhams. Elle évalue à 36 milliards de dirhams le potentiel des projets solaires annoncés au Maroc. Ces objectifs sont des projections de la société et non des résultats ; les articles consultés ne publient pas le chiffre d’affaires ni le résultat net des exercices précédents, qui sont nécessaires pour juger de leur plausibilité.
À titre de comparaison, le portefeuille de Masen pour 2026-2030, publié fin octobre, fait état de 4 416 MW de nouvelles capacités et de 2 600 MWh de stockage pour plus de 47 milliards de dirhams d’investissements. Les extraits consultés ne détaillent pas la manière dont Jet Energy calcule son estimation de 36 milliards de dirhams de potentiel.
4. Où iront les fonds : garanties, stockage, Afrique de l’Ouest
La société présente trois usages pour les fonds suite à cette souscription en Bourse de Casablanca. Le premier est le renforcement des fonds propres, pour financer la croissance et satisfaire aux exigences de garanties sur les projets d’énergie, c’est-à-dire les cautions que les maîtres d’ouvrage demandent aux entreprises de construction. Les marchés publics et industriels d’envergure exigent souvent des cautions de bonne exécution et de restitution d’acompte qui pèsent sur le bilan.
Le deuxième usage est l’entrée sur le marché du stockage par batteries, au moment où Masen lance un banc d’essai de batteries à Noor Ouarzazate et où le portefeuille national prévoit 2 600 MWh de stockage. Le troisième est le développement en Afrique de l’Ouest à partir de 2028, ce qui place l’expansion internationale dans un horizon de plus de deux ans. Aucun pays n’est nommé dans les extraits consultés.
L’ordre de ces priorités compte pour les investisseurs. La première, les garanties, relève du fonctionnement courant d’un entrepreneur ; les deux autres reposent sur des marchés qui ne sont pas encore ouverts à Jet Energy.
5. Ce qui manque pour juger l’opération
Les articles consultés ne publient ni le chiffre d’affaires ni le résultat net historiques, ni l’actionnariat avant et après l’opération, ni le flottant, ni la date de cotation. Sans ces données, il est impossible d’évaluer la valorisation implicite de la fourchette de 125 à 143 dirhams ni la dilution.
Les risques propres à un installateur sont connus : dépendance à quelques grands clients, exposition aux prix des modules et des onduleurs, délais de paiement des clients publics et industriels, besoin en fonds de roulement élevé. La note d’information de l’AMMC, que la société met à disposition, est la source qui permet de les mesurer.
Cet article ne constitue pas un conseil d’investissement. Solar Perspective couvre la souscription en Bourse de Casablanca de Jet Energy comme un événement du marché solaire marocain, non comme une recommandation de souscription.
6. Pourquoi cette introduction compte pour le marché solaire marocain
Pour le secteur, la souscription en Bourse d’un installateur solaire à la Bourse de Casablanca ouvre un canal de financement par le marché pour des entreprises qui dépendent d’ordinaire du crédit bancaire et de leurs actionnaires. Si l’opération réussit, elle peut servir de référence à d’autres acteurs de l’ingénierie photovoltaïque au Maroc.
Pour les maîtres d’ouvrage, la lecture porte sur la capacité de l’entreprise à répondre à des appels d’offres plus gros. Le renforcement des fonds propres augmente la capacité à fournir des garanties, donc la taille des marchés accessibles. À court terme, les prochaines étapes sont connues : la clôture de la souscription le 5 novembre, la publication des résultats d’allocation et la date de première cotation.
[LIEN INTERNE : Maroc, banc d’essai de batteries à Noor Ouarzazate]
[LIEN INTERNE : Autoproduction solaire au Maroc, trois ans d’attente et des chiffres concrets]










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