La banque de développement néerlandaise FMO finance la totalité de la dette à long terme de la centrale Kong solaire, dans le nord de la Côte d’Ivoire, à hauteur de 55,5 millions d’euros (62,3 M$) sur 20 ans. Ce montant couvre l’ensemble du financement de long terme du projet de 50 MW, déjà en chantier.
Cette annonce de financement s’ajoute à la couverture du Kong Solaire FMO financement 50 MW Côte d’Ivoire déjà publiée par Solar Perspective en mai, lors du lancement du chantier. L’événement est différent : il ne s’agit plus du démarrage des travaux mais de la structuration financière du projet. Elle s’accompagne d’une information de calendrier qui mérite d’être relevée : la mise en service est désormais annoncée pour 2028.
55,5 M€ sur 20 ans : l’intégralité de la dette longue
Selon la source, le paquet FMO « représente la totalité du financement à long terme » de la centrale solaire. La contrepartie du prêt est Kong Solaire SAS, la société de projet. Aucun autre prêteur n’est nommé, ce qui laisse penser que la dette senior repose sur un prêteur unique.
La maturité de 20 ans est inférieure à celle du contrat de vente d’électricité, fixé à 25 ans. Ce décalage est courant dans les financements de projets : l’emprunt est remboursé avant la fin du contrat, ce qui laisse cinq ans de revenus libres de service de la dette. Le taux, la structure des garanties et la répartition entre tranches ne sont pas communiqués.
Rapporté à la capacité, le montant correspond à environ 1,1 M€ par MW installé (55,5 M€ pour 50 MW), un ordre de grandeur cohérent avec les coûts de centrales au sol d’Afrique de l’Ouest, mais qui prend ici une valeur particulière puisqu’il ne représente que la partie dette du plan de financement.
Un actionnariat à trois étages : Africa Via, InfraCo et AXIAN
La société de projet Kong Solaire SAS est détenue à 51 % par Africa Via, développeur ivoirien d’énergies renouvelables, et à 49 % par InfraCo, société de développement et d’investissement dans les infrastructures. AXIAN détient 55 % d’Africa Via, soit une participation indirecte d’environ 28 % dans le projet (55 % de 51 %).
Cette chaîne de détention illustre un schéma fréquent dans le solaire ouest-africain : un partenaire local majoritaire en façade, un développeur panafricain actionnaire de ce partenaire, et un investisseur d’impact en minoritaire. Pour FMO, la structure place le risque de construction et d’exploitation sur un consortium disposant d’un opérateur expérimenté, tout en conservant un ancrage ivoirien.
Le PPA de 25 ans avec CI-Energies
L’acheteur de l’électricité est CI-Energies, l’entité publique chargée de la gestion du secteur électrique ivoirien, dans le cadre d’un PPA (Power Purchase Agreement) de 25 ans.
Pour un prêteur, la qualité de crédit de l’acheteur public et la durée du contrat sont les deux piliers du financement. Un PPA de 25 ans adossé à une dette de 20 ans offre une marge de couverture comparable à celle observée sur les autres IPP (Independent Power Producers) solaires de la sous-région.

Calendrier : du groundbreaking d’octobre 2025 à la mise en service 2028
La mise en service de la centrale est désormais programmée pour 2028. Cette échéance marque un décalage important avec nos précédentes publications. Un point d’attention doit en effet être partagé avec les lecteurs de Solar Perspective : notre article du 18 mai — établi à partir des sources et des projections institutionnelles disponibles à ce moment-là — indiquait un objectif de livraison au troisième trimestre 2026.
L’écart substantiel avec l’horizon 2028 communiqué aujourd’hui ne provient pas d’une simple erreur d’estimation, mais reflète la réalité opérationnelle et financière du projet :
- Un calendrier initial trop optimiste : Les premières annonces de 2024 tablaient sur un déploiement très rapide. Lors du lancement des travaux en octobre 2025, les autorités visaient déjà un premier glissement de calendrier, ajusté au premier trimestre 2027.
- L’alignement du calendrier sur le bouclage financier (Octobre 2026) : L’échéance définitive de 2028 a été officialisée suite à la signature finale des accords de financement.
Le calendrier technique impose désormais une durée globale de chantier d’environ 18 mois à compter de la structuration financière finale, confirmant que la centrale fonctionnera à plein régime à l’horizon 2028.
Ce que le montant dit du coût du projet
Lors du lancement du chantier, le coût total du projet avait été évoqué autour de 37 milliards de FCFA, soit environ 56 M€. Or le prêt de FMO atteint à lui seul 55,5 M€. Si les deux chiffres sont exacts et portent sur le même périmètre, la dette finance la quasi-totalité de l’investissement, ce qui laisserait peu de place aux fonds propres des actionnaires.
Cette lecture reste fragile. Le coût total a pu être révisé depuis octobre 2025, les chiffres peuvent inclure des frais financiers ou des réserves, et le montant en euros se rapporte peut-être à une enveloppe plus large que la seule centrale.
Kong dans le programme solaire du nord ivoirien
Kong n’est pas un cas isolé. Dans le nord du pays, Ferké Solar (52 MW) a été inaugurée début juillet à Sokoro 2, Poro Power (66 MW) a levé un green bond auprès de l’AFC (Africa Finance Corporation) à Korhogo, et l’État ivoirien a présélectionné des développeurs pour deux centrales de 100 MWp avec stockage à Dabakala et Niakaramandougou. Le plan d’urgence énergie 2026-2030 du gouvernement vise 925 MW de solaire.
Dans ce paysage, Kong se distingue par son financement entièrement adossé à une banque de développement bilatérale et par un calendrier plus long que celui des projets voisins. Si l’échéance 2028 se confirme, la centrale n’arrivera sur le réseau qu’après plusieurs des projets précités, un élément à intégrer dans les prévisions de capacité de CI-Energies.










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