licence dorée pour la centrale Nefer Minya

Nefer Minya : jusqu’à 566 M$ de dette pour 1,2 GW de solaire et 600 MWh de stockage en Égypte, avec la BERD en chef de file

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé le 20 octobre 2026 qu’elle arrange jusqu’à 265 M$ de financement pour Nefer Minya, une centrale solaire de 1,2 GW couplée à un système de stockage par batteries (BESS) de 600 MWh, à Minya, en Égypte. Ce prêt s’inscrit dans un financement de Nefer Minya de 566 M$ de dette au total, auquel participent aussi DEG, FMO et Proparco.

Nefer Minya

La BERD présente Nefer Minya comme le plus grand d’Égypte et d’Afrique à ce jour. La centrale doit vendre son électricité à la Compagnie égyptienne de transport d’électricité (EETC) dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité (PPA, Power Purchase Agreement) de 25 ans.

Solar Perspective avait couvert deux étapes antérieures du dossier : l’octroi d’une licence dorée par l’État fin août et l’accord de fourniture de modules associé à un financement de la BERD en juin. L’annonce du jour porte sur la structure de dette.

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Le financement de Nefer Minya : un paquet de dette de 566 M$ autour de la BERD

Le plafond de 566 M$ constitue l’enveloppe globale de dette. Sur ce total, la BERD arrange jusqu’à 265 M$, soit 47 % de l’enveloppe. Les 301 M$ restants proviennent des autres prêteurs, parmi lesquels DEG (institution allemande de financement du développement), FMO (banque néerlandaise de développement) et Proparco (filiale de l’Agence française de développement). Les montants individuels de ces trois institutions ne sont pas indiqués par la BERD.

À titre de repère, la licence dorée octroyée en août évoquait 750 M$ d’investissement. Rapportée à ce montant, une dette de 566 M$ ferait ressortir un levier d’environ 75 %. Ce calcul est indicatif : le coût total du projet n’est pas détaillé dans les communiqués de financement.

Nefer Minya

Le montage financier : 265 M$ arrangés par la BERD

Les 265 M$ arrangés par la BERD se décomposent en trois blocs. Un prêt A de 160 M$ est financé sur les ressources propres de la banque. Un prêt B de 75 M$ est mobilisé auprès de Bank of Jordan, ce qui ajoute un prêteur commercial régional au tour de table. Enfin, jusqu’à 30 M$ de financement concessionnel viennent du Fonds pour les technologies propres (CTF, Clean Technology Fund), au titre de son programme mondial de stockage d’énergie.

Le prêt B est un mécanisme par lequel la BERD place une partie du financement auprès de banques commerciales tout en conservant son statut de créancier privilégié, ce qui rassure ces dernières. Dans le dossier Nefer Minya, Bank of Jordan est le premier établissement commercial cité.

Le financement concessionnel du CTF est assorti d’une assistance technique. Elle comprend deux programmes de formation aux métiers verts, accrédités au niveau national, destinés aux jeunes qui entrent sur le marché du travail à Minya, ainsi qu’un appui à Hassan Allam Utilities pour intégrer l’égalité entre les sexes dans sa politique de ressources humaines.

Les sponsors : Infinity Power et HAU Energy

Le véhicule de projet, Nefer Menya for Renewable Energy S.A.E., appartient à Infinity Power et à HAU Energy B.V. Infinity Power est une coentreprise créée en 2019 entre Infinity et Masdar, et la BERD y détient une participation au capital. HAU Energy, établie en 2024, est détenue par Meridiam, Hassan Allam Utilities et la BERD.

La BERD est donc à la fois prêteur et actionnaire indirect, à travers Infinity Power et HAU Energy. Cette double position est courante dans les projets d’infrastructure soutenus par les banques de développement, mais elle mérite d’être signalée pour comprendre l’alignement d’intérêts autour du projet.

Nayer Fouad, d’Infinity Power, indique que son groupe vise 10 GW de capacité renouvelable en exploitation d’ici 2032. Dalia Wahba, de Hassan Allam Utilities, rappelle que l’Égypte ambitionne de produire 42 % de son électricité à partir de sources renouvelables en 2030. REGlobal ajoute que les mêmes partenaires ont signé en septembre 2026 un PPA avec l’EETC pour Ras Shokeir, un projet éolien de 1 GW.

Le PPA de 25 ans avec EETC

L’acheteur unique est l’EETC, société publique de transport d’électricité, pour une durée de 25 ans à compter de la mise en service. MarketScale, citant Dealroom, indique que le PPA est entièrement garanti par le ministère des Finances. La BERD ne précise pas ce point dans son communiqué, et il reste à confirmer.

Le tarif du PPA n’est pas publié. C’est un manque notable : pour apprécier la compétitivité d’un projet de cette taille, le prix de l’électricité et l’éventuelle rémunération de la capacité de stockage comptent autant que le montant de la dette. Le BESS de 600 MWh n’est d’ailleurs documenté que par son énergie ; sa puissance en MW, donc sa durée de décharge, n’est pas communiquée.

Les sponsors attendent de la centrale qu’elle alimente plus de 1,4 million de foyers et qu’elle évite plus de 1,5 million de tonnes de CO2 par an. Ces chiffres sont des estimations des promoteurs.

Un projet inscrit dans la politique égyptienne de renouvelables

Le financement soutient le pilier énergie de l’initiative Nexus Eau-Alimentation-Énergie (NWFE) de l’Égypte, lancée à la COP27 et pilotée côté énergie par la BERD. Cette initiative vise 10 GW de nouvelles capacités renouvelables privées et le retrait de 5 GW de capacités fossiles inefficaces.

À 1,2 GW, Nefer Minya représenterait à lui seul 12 % de l’objectif de 10 GW de renouvelables privées du NWFE, si l’on considère uniquement la puissance solaire. Cette comparaison est un ordre de grandeur, le programme comptant aussi des projets éoliens comme Ras Shokeir.

Le stockage joue un rôle précis dans le montage de Nefer Minya. Selon la BERD, les batteries permettent de stocker la production diurne pour la restituer lors de la pointe qui suit le coucher du soleil, ce qui améliore la stabilité et la fiabilité du réseau. Nefer Minya est l’un des premiers d’Égypte à combiner solaire de grande taille et batteries.

Ce que les communiqués ne disent pas

Les sources ne donnent ni date de clôture financière définitive, ni date de début de construction, ni date de mise en service. Elles ne nomment pas non plus le contractant EPC (ingénierie, approvisionnement et construction), ni la durée et le coût des prêts.

Ces absences comptent pour le calendrier. La licence dorée d’aoûte avait ouvert la voie administrative, et l’annonce de la BERD du 20 octobre complète le volet financement. Les prochains jalons à surveiller sont donc la signature des contrats de prêt, l’ordre de démarrage des travaux et la date d’entrée en service des 1,2 GW.

Sources : BERD.