21 MW solaires inaugurées

Sénégal : Sen’Eau raccorde 21 MW solaires à ses stations d’eau de Mékhé et Keur Momar Sarr

Onze virgule quatre mégawatts à Keur Momar Sarr, neuf virgule deux à Mékhé : Sen’Eau a inauguré le 2 juillet 2026 21 MW solaires sur deux centrales solaires, couplées à ses stations de pompage du nord du Sénégal. L’opération vise un objectif précis : réduire la part de la facture d’électricité dans le coût de production de l’eau potable, un poste qui pèse lourd dans les comptes de l’opérateur depuis la refonte du secteur en 2020.

Les 21 MW solaires alimentent des infrastructures stratégiques pour l’approvisionnement en eau de Dakar et de la région du Cayor. Keur Momar Sarr héberge l’une des principales stations de traitement d’eau brute du pays, reliée au lac de Guiers, tandis que Mékhé dessert un réseau de forages et de conduites qui irrigue une partie du département de Tivaouane. L’ajout de capacité solaire directement sur ces sites permet à Sen’Eau de consommer l’énergie produite au plus près de ses besoins, sans dépendre entièrement des livraisons de la Senelec ou de groupes électrogènes de secours.

21 MW solaires pour électrifier le pompage de l’eau

Le pompage et le traitement de l’eau comptent parmi les postes les plus énergivores de la chaîne de distribution en Afrique de l’Ouest. Une station comme Keur Momar Sarr fonctionne en continu pour maintenir la pression du réseau vers Dakar, ce qui en fait une candidate naturelle à l’autoconsommation solaire : la demande électrique y est stable et prévisible, contrairement à un réseau résidentiel classique.

Les deux installations ont été dimensionnées pour couvrir une partie significative des besoins diurnes des stations, le reste de la demande restant assuré par le réseau national. Sen’Eau n’a pas communiqué de chiffre précis sur la part de couverture énergétique atteinte, ni sur l’investissement total consacré aux deux centrales, mais la structuration en deux sites distincts permet de répartir le risque d’exploitation et de limiter les pertes en ligne entre production et consommation.

21 MW solaires inaugurées
Inauguration de 21 MW solaires par Sen’Eau

Sen’Eau, un opérateur sous pression financière et climatique

Sen’Eau exploite la production et la distribution d’eau potable en zone urbaine et périurbaine au Sénégal depuis 2020, dans le cadre d’un contrat d’affermage qui a succédé à la Sénégalaise des eaux. L’entreprise doit conjuguer extension du réseau, vétusté des infrastructures héritées et hausse de la demande liée à la croissance urbaine de Dakar, tout en absorbant une facture énergétique directement indexée sur le prix de l’électricité fourni par Senelec.

Investir dans 21 MW solaires captives répond à cette contrainte structurelle plutôt qu’à un objectif environnemental affiché. En sécurisant une part de sa consommation à un coût de production solaire désormais inférieur au tarif industriel de Senelec, Sen’Eau réduit sa vulnérabilité à d’éventuelles hausses tarifaires et améliore la prévisibilité de ses charges d’exploitation sur le long terme.

Le solaire s’installe dans le mix électrique sénégalais

Le Sénégal comptait environ 226 MW de capacité solaire installée à la mi-2025, la principale source renouvelable du pays, selon les données du ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines. Le gouvernement vise 40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, un objectif inscrit dans le Pacte national pour l’énergie porté dans le cadre de l’initiative Mission 300.

Senelec a par ailleurs lancé début 2026 un appel d’offres pour 500 MWc de capacité solaire couplée à 100 MW / 400 MWh de stockage, répartis entre Linguère (200 MWc) et Kolda (300 MWc). Ces deux projets illustrent une tendance de fond : le solaire sénégalais ne se limite plus à des fermes raccordées au réseau national, il se déploie également en autoconsommation industrielle, chez les opérateurs de services publics comme chez les gros consommateurs privés.

Un signal pour les investisseurs du secteur eau-énergie

21 MW solaires pour le couplage eau-énergie attire une attention croissante des bailleurs et développeurs actifs en Afrique de l’Ouest, car il combine deux besoins d’infrastructure critiques dans un seul montage financier. Pour les développeurs solaires spécialisés dans l’autoconsommation industrielle, une station de pompage publique représente un profil de charge intéressant : demande continue, contrat de long terme avec un opérateur adossé à l’État, et absence de concurrence pour l’usage du foncier déjà occupé par les infrastructures existantes.

Le choix de Sen’Eau pourrait ouvrir la voie à des montages similaires dans d’autres pays de la sous-région confrontés à la même équation entre coût de l’énergie et accès à l’eau, notamment au Mali, en Mauritanie ou au Burkina Faso, où les opérateurs publics d’eau cherchent également à réduire leur dépendance aux groupes électrogènes diesel dans les zones non raccordées de manière fiable au réseau.

Ce que ce projet change pour les prochains appels d’offres

L’inauguration de Mékhé et Keur Momar Sarr ne modifie pas à elle seule la trajectoire du mix électrique sénégalais, mais elle confirme un mouvement de fond : les grands consommateurs institutionnels intègrent désormais le solaire captif comme un outil de gestion des coûts, au même titre qu’un instrument financier de couverture.

Pour les acteurs qui répondent à l’appel d’offres Senelec sur Linguère et Kolda, ces projets démontrent qu’un marché parallèle se structure autour des besoins spécifiques des opérateurs de services essentiels, avec des cycles de décision potentiellement plus rapides que ceux des appels d’offres publics classiques.