moderniser la STEG

Tunisie : la Banque mondiale débloque 430 M$ pour moderniser la STEG et intégrer 2,8 GW de renouvelables

Le président tunisien Kaïs Saïed a signé, par deux décrets publiés au Journal officiel de la République tunisienne (JORT) du 21 juillet, la garantie de l’État pour deux financements internationaux destinés à moderniser la STEG (Société tunisienne de l’électricité et du gaz). Le principal de ces financements, 384,8 millions d’euros, provient de la Banque mondiale.

Ces deux prêts s’inscrivent dans le Tunisia Energy Reliability, Efficiency and Governance Improvement Program (TEREG), programme quinquennal de 430 millions de dollars au total approuvé par le conseil d’administration de la Banque mondiale, dont 30 millions de dollars de financement concessionnel. L’objectif affiché est triple : fiabiliser le réseau électrique national, accélérer l’intégration des énergies renouvelables et assainir la situation financière de la STEG.

Le programme cible spécifiquement l’intégration de 2,8 GW de capacité renouvelable supplémentaire au réseau tunisien — un volume qui dépasse largement la capacité solaire actuellement installée dans le pays, et qui suppose des investissements substantiels en infrastructure de transport et de distribution pour absorber cette production intermittente.

Deux décrets présidentiels pour garantir le financement

La publication au JORT du 21 juillet formalise l’engagement de l’État tunisien à garantir le remboursement des deux prêts accordés à la STEG. Ce mécanisme de garantie souveraine est une étape obligée pour ce type de financement multilatéral destiné à une entreprise publique, la Banque mondiale exigeant généralement une garantie d’État pour les prêts consentis aux opérateurs publics d’électricité.

La procédure engagée en juillet 2026 fait suite à l’approbation du programme TEREG par le conseil d’administration de la Banque mondiale, dont la date précise n’a pas été communiquée dans le détail par les sources disponibles, mais qui précède nécessairement la signature des décrets de garantie.

Le programme TEREG : cinq ans pour moderniser la STEG

Le TEREG s’étend sur cinq ans et s’inscrit dans la continuité de la stratégie de transition énergétique actualisée du gouvernement tunisien. Le programme cible en priorité le renforcement des performances opérationnelles et financières de la STEG, opérateur historique confronté depuis plusieurs années à des tensions de trésorerie liées au décalage entre coûts de production et tarifs réglementés.

Au-delà du volet financier, le TEREG comprend un important volet de gouvernance, avec des réformes destinées à améliorer l’efficacité opérationnelle de l’entreprise et la transparence de sa gestion — une dimension que la Banque mondiale associe systématiquement à ses programmes d’appui au secteur électrique dans la région.

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Répartition du financement et composante concessionnelle

Sur les 430 millions de dollars du programme, 384,8 millions d’euros proviennent directement de la Banque mondiale selon les décrets publiés le 21 juillet, le solde incluant une composante concessionnelle de 30 millions de dollars destinée à alléger le coût de la dette pour la STEG. La structure exacte du second financement garanti par les décrets présidentiels n’a pas été détaillée dans les communications publiques disponibles à ce stade.

Cette structure de financement mixte — prêt classique combiné à une tranche concessionnelle — est cohérente avec les montages récents de la Banque mondiale pour les opérateurs électriques publics d’Afrique du Nord confrontés à des contraintes budgétaires similaires.

Les trois objectifs du programme

Le TEREG articule son intervention autour de trois axes explicites : la fiabilité du réseau électrique, à travers la modernisation des infrastructures de transport et de distribution ; l’efficacité énergétique et l’accélération du déploiement renouvelable, avec l’objectif chiffré de 2,8 GW supplémentaires ; et la gouvernance, avec des réformes visant à consolider la situation financière de la STEG.

Cette approche intégrée distingue le TEREG des financements sectoriels plus étroits observés par le passé en Tunisie, souvent centrés sur un seul volet — appel d’offres solaire ou modernisation d’infrastructure — sans traitement conjoint de la question financière de l’opérateur.

Un financement qui s’ajoute à des années d’appels d’offres solaires

Le programme TEREG intervient après plusieurs cycles d’appels d’offres solaires tunisiens menés par la STEG ces dernières années — dont le sixième round d’autorisation portant sur 200 MW, ouvert jusqu’au 15 juin 2026 — et après la mise en service de plusieurs centrales privées, notamment les projets de Scatec à Sidi Bouzid et Tozeur. Le TEREG ne remplace pas ces mécanismes d’appel d’offres, mais s’y ajoute en s’attaquant au maillon souvent négligé de la chaîne : la capacité du réseau à absorber la production renouvelable additionnelle et la solidité financière de l’opérateur qui l’exploite.

Mise en perspective : la modernisation du réseau, préalable à l’intégration renouvelable

L’objectif de 2,8 GW de renouvelables intégrés place la Tunisie parmi les pays du Maghreb qui articulent désormais explicitement leurs ambitions solaires à des investissements réseau dédiés, plutôt que de traiter la question de l’intermittence après coup. Le TEREG s’inscrit dans une dynamique régionale plus large, aux côtés de l’initiative européenne T-MED lancée en juin 2026, qui vise également à mobiliser des financements pour l’intégration renouvelable dans l’ensemble du Maghreb.

Pour la STEG, la réussite du programme dépendra autant de l’exécution des investissements techniques que de la mise en œuvre effective des réformes de gouvernance qui conditionnent, dans la pratique des programmes de la Banque mondiale, le décaissement des tranches successives du financement.